LIVRE XII
généraux, le comte de Bubna et le baron de Spicgel, qui servaient près de l’archiduc Charles en qualité d’aides de camp, et qui étaient investis de sa confiance.
L’archiduc était entré en campagne sous les meilleurs auspices. L’armée française, au moins la grande masse de ses forces, et particulièrement les troupes qui avaient fait les campagnes de 1805, 1806 et 1807, étaient en Espagne et en Italie. Le corps seul de Davoust, fort de trente mille hommes environ, et quelques autres troupes, organisées à la hâte dans les dépôts de France, se trouvaient en .\llemagne. Ainsi les alliés faisaient le fond de l’armée française par leur nombre. Sans vouloir les traiter injustement, on sait combien ces troupes sont médiocres. L’archiduc, entré en campagne avec une belle et nombreuse armée, bien pourvue, bien outillée, marchait, avec la confiance que lui donnait son immense supériorité; et cette confiance était universelle. Tout à coup, sur le champ de bataille de Ratisbonne, on fait un prisonnier français. On le questionne : il annonce l’arrivée de l’Empereur à l’armée, et dit qu’il est en personne à la tète de ses troupes. On refuse de le croire; mais un second, puis dix, quinze, vingt prisonniers, disent la même chose. Dès ce moment, me dit-on, dès l’instant où la chose fut constatée, l’archiduc qui, jusque-là, avait montré du sang-froid et du talent, per-
218 MÉMOIRES üü DUC DE RACÜSE.
«lil la tête, ne fil plus que des sottises. « El moi, ajoutait Bubna, pour lui faire retrouver ses facultés, pour le remettre, je lui disais : « Mais, monseigneur, « pourquoi vous tourmenter? Supposez, au lieu de « Napoléon, que c’est Jourdan qui vient d’arriver. » Celte histoire fort gaie n’est jamais sortie de ma mémoire. Elle ne fait pas trop valoir le maréchal Jourdan; mais Bubna avait choisi son nom parce que l’archiduc avait fait la guerre contre lui pendant deux campagnes et l’avait toujours battu.
La nouvelle de l’approche de l’armée de Üalinalie fit, à la grande armée, une heureuse diversion aux chagrins causés par les malheurs d’Essling. On fit valoir ses succès, et on parla de ce corps, avec raison, comme d’une troupe d’élite et de son arrivée comme d’un renfort puissant.
Je reviens à mes opérations.
Un séjour à Laybach d’une douzaine de jours me donna le moyen de rec.evoir une partie de ce qui me manquait. Cinq cents chevaux de différents corps me furent donnés, et mon artillerie se composa de vingt-quatre bouches à feu. J’avais conservé une |)artie des moyens de transport organisés en Dalmatie: et mes petits chevaux de bât donnèrent à mon corps d’armée une physionomie particulière quand il se trouva encadré dans la grande armée. Mes approvisionnements de guerre étaient si eomplels en parlant de la Dalmatie, qu’après la