LIVRE XII
d’avance. Mais, dans ce cas, il aurait dû prévoir qu’il fallait y construire quatre ou cinq bons ouvrages pour couvrir sa gauche, la partie la plus faible de sa position. S’en étant aperçu trop tard, il changea subitement sa bataille défensive en bataille offensive au moment où l’armée française, entièrement réunie et toute formée, se trouvait en sa présence sur la rive gauche. Une fois l’offensive résolue, on peut s’étonner que l’archiduc ait imaginé de la prendre à la foi§ sur les deux ailes. Il n’était pas dans les règles d’attaquer ainsi une aussi forte armée. Au surplus, cette résolution parait avoir été prise si tard, que les ordres ne purent pas arriver en même temps aux deux extrémités de l’armée, à cause de l’inégale distance qui les séparait du quartier général. L’ordre d’attaquer à la pointe du jour arriva à la gauche dans la nuit, et il put être exécuté; mais, parvenu à la droite seulement à six heures, il ne put l’être qu’à huit.
On peut diflîcilement s’expliquer ce qui a décidé l’archiduc à se priver du concours de forces imposantes qui n’agirent pas. Le corps du prince de Rcuss, placé au Bisamberg, en vue de la bataille, n’y prit aucune part; huit mille hommes restèrent devant Nussdorf pour se mettre à l’abri d’un passage du lleuve qui ne pouvait être tenté. Des hussards suflisaient pour éclairer cette partie du terrain. Sept mille hommes de troupes, aux ordres du
général Soustek, étaient à Krems tout aussi inutilement. Ainsi, sans compter le corps de l’archiduc Jean, il y avait plus dé vingt-cinq mille hommes à portée en mesure de prendre part à la bataille, et qui n’ont pas eombattu, on ne sait pourquoi.
L'armée autrichienne se composait des corps suivants, et formés dans l’ordre ci-après : A droite, le corps de Hiller, commandé par le général Klenau, ensuite Kolowrat, puis Bellegarde; après lui Hohenzollerti; enfin, le corps de Rosenberg. Au Bisàmberg, celui de Reuss, l’archiduc Jean venant de Presboui'g, une réserve de cavalerie et de grenadiers aux ordres du prince Jean Lichtenstein, et des landwehrs devant Nussdorf et sur le bord du Danube jusqu’à Krems.
L’archiduc Charles s’est beaucoup plaint de son frère l’archiduc Jean; une discussion publique s’est élevée entre eux. L’archiduc Jean était en position devant Presbourg, sur la rive droite du Danube, cl menaçait de marcher sur Vienne, masquée seulement par le faible corps de troupes italiennes commandé par le général Baraguey-d’llilliers. L’ordre lui fut donné de repasser rapidement les ponts, et de SC porter sur la droite de l’année française; mais il ne parut pas pendant la bataille : voilà la cause des débats survenus entre les deux frères. Arrivé avant le jour sur la Mardi, une halte intempestive, pour faire la soupe pendant qu’on se battait.