LIVRE XII
autorise l'accusalion portée contre lui. Le 6, à trois heures du soir seulement, ses coureurs arrivèrent dans les environs de Wagram, et causèrent l’alerte dont je parlerai plus tard. Quinze mille hommes de bonnes troupes et cinquante pièces de canon, arrivant inopinément sur le champ de bataille et prenant le corps de Davoust à revers, pouvaient nous donner assez d’embarras en menaçant nos ponts d’aval. S’ils s'en fussent emparés, et si, en même temps, le mouvement sur Aspern, qui a été si près de réussir, avait eu un plein succès, l’armée française courait les plus grands périls. Mais, il faut le dire, toute l’armée française n’avait pas été engagée ; il restait trente-cinq mille hommes de bonnes troupes fraîches, mon corps, et la garde. Nous étions donc en mesure de recevoir l’archiduc Jean et plus forts qu’il ne fallait pour 1e battre.
Voilà la vérité sur cette affaire, dont le retentissement s’est fait sentir en Europe. En réduisant la question à celle du concours possible de l'archiduc •Jean le 6 au matin, il est incontestable qu’il a eu tort et qu’il ne devait pas rester jusqu’à onze heures sur la Mardi.
On a critiqué aussi le point de retraite choisi par l'archiduc; mais, au moment où la retraite commença, en raison de la position respective des deu.\ armées, on ne pouvait pas en prendre un autre. Si, avant l’action, la Bohême a été considérée comme
devant de préférence recevoir l’armée battue en cas de malheur, on peut s’en étonner, bien que la position de l’armée autrichienne sur le flanc de l’armce française et menaçant sa ligne d’opération, présentât des avantages; mais les ressources qu’offre la Bohème ne peuvent pas être comparées à celles que renferme la Hongrie j)our prolonger indéfiniment la guerre. En renonçant à la Hongrie, on renonçait à un grand avantage, celui d’avoir un pays sans fond pour se retirer, où l’ennemi, en avançant, rend à chaque pas sa position plus diflicile et son retour plus périlleux. En choisissant la Bohême, l’armée autrichienne, en quelques marches, allait se trouver acculée aux frontières septentrionales de la monarchie, sans que l’armée française qui l’aurait poursuivie se fût éloignée de sa propre frontière.
A une heure, la bataille était gagnée et l’ennemi en pleine retraite. Les dernières charges faites sur lui au commencement de son mouvement rétrograde nous coûtèrent un de nos officiers de cavalerie les plus distingués, le général Lasalle, un de nos compagnons d’Italie et d’Égypte, homme doué d’un rare coup d’œil, d’un admirable instinct militaire et d’une grande vigueur.
Trois ans plus tard, son émule de gloire, mais dont les facultés intellectuelles étaient plus hautes, le général Montbrun, eut le même sort.