‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 120 sur 267 · I.SO · texte numérisé non relu

I.SO

seulement à trois lieues sur la grande route pour m’éclairer, et je pris celle que l’ennemi avait suivie. Je rencontrai une forte arrière-garde que je chassai devant moi. Je ne pus la poursuivre comme je l’aurais désiré, parce que le général Montbrun ne m’avait pas encore rejoint, et je pris position à Mitlebach. Le lendemain matin, je me portai sur Paysdorf et sur Stadet, par lesquels s’étaient dirigées les troupes que j’avais combattues la veille. Je trouvai à Stadet douze cents chevaux, deux bataillons de chasseui’s et cinq pièces de canon. Cos troupes furent culbutées, dispersées; nous fîmes trois cents prisonniers, et je continuai mon mouvement sur Laah, où j’espérais trouver l’ennemi plus en force et avant qu’il eût pu passer la Taya.

Rien dans le monde ne peut exprimer la chaleur que les troupes éprouvèrent pendant cette journée; beaucoup de soldats restèrent en arrière, et le mal fut augmenté par l’ivrognerie et le désordre. F.a Moravie est riche en vins : d’immenses caves renferment toujours la récolte de plusieurs années. Celles de Stadet furent forcées, et l’ivresse, ajoutée à la chaleur et à la fatigue, anéantit, pour ainsi dire, dans un moment, toute l’infanterie de mon corps d’armée.

Je trouvai seulement à Laah quelques troupes de cavalerie légère qui se retirèrent à mon approche, et j’aurais pu passer la Taya le même jour si mes

'iir, MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

troupes eussent été en ordre; mais je n’avais pas avec moi le quart de mon monde, et il fallut nécessairement attendre sur le bord de la rivière, après avoir pris poste de l’autre côté pour conserver celte multitude de ponts qu’il fallait passer.

Je réunis les officiers pour me plaindre du manque de surveillance. Je vis dans les bivacs toutes les compagnies l’une après l’autre, et j’exhortai les soldats, quand nous étions si près de rennemi, à ne pas retomber dans des fautes semblables.. Je publiai un ordre extrêmement sévère, et, pour imposer une salutaire terreur, je fis juger et exécuter deux soldats coupables d’insubordination. Enfin j’attendis impatiemment le crépuscule pour marcher sur Znaïm, point sur lequel toutes les colonnes de l’armée ennemie se dirigeaient, et où je craignais de ne plus trouver qu’une arrière-garde.

Je reçus dans cette journée une lettre du maréchal Davoust, arrivé avec son corps à Wülfersdorf: il me demandait des nouvelles et m’annonçait qu’il était prêt à me soutenir si javais besoin d’appui. Je l’informai de ce qui s’était passé et du mouvement que j’allais faire sur Znaïm, lieu de réunion et de passage de toutes les colonnes de l’armée ennemie, .le me contentai de lui exposer les faits sans l’appeler à moi ni lui demander de secours, et je fis mal. lia destruction de l’armée autrichienne, et par suite cellede la monarchie, ont peut-être tenu à cette cir-

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