‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 125 sur 267 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

lavorables et mes réponses le .satisfaisaient; mais il semblait prendre à lAclie de me trouver en faute et le chercher avec ardeur. Ma conversation, en me promenant avec lui devant sa lente, dura plus de deux heures et demie. Il y rentra pour travailler avec Berlhier.

J’étais acc.ablé de fatifpie et mécontent. Ue retour dans la misérable cabane que j’avais choisie pour asile, je commençais, après in’étre étendu sur la paille, à raconter à mon chef d’élat-inajor, le général Delort, pour lequel j’avais beaucoup d’amitié, la singulière et fatigante conversation que je venais d’avoir avec l’Empereur, quand Alexandre Girardin, aide de camp du jirince de Neufchàtel, le même qui a été premier veneur de Charles X, entra cliez moi et me dit : « Mon général, voulez-vous bien me permettre de vous embrasser? — Tant que vous voudrez, mon cher Girardin, lui répondis -je; mais il y a du mérite à embrasser une aussi longue barbe et un homme aussi .sale. » Et immédiatement après il ajouta : « Voilà votre nomination de maréchal. »

J’étais à mille lieues d’y penser, tant cette conversation avec l’Empereur m’avait laissé une impression pénible : c’est tout au plus si je le compris. Chose incroyable! je n’en éprouvai pas aloi-s une joie très-vive. .\ l’époque de la création des maréchaux, j’avais été fort affecté de ne pas être

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noiimié : depuis je m’étais accoutumé à placer dans mon esprit le commandement au-dessus de la dignité; et, comme c’était la gloire qui me touchait avant tout, j’étais particulièrement sensible aux moyens de l’acquérir. Je fus content, mais sans être transporté. Quel(|ues jours après, je reconnus l’immense pas Aûl comme existence, à la différence des manières des généraux avec moi, et comme occasion de gloire, par l’importance des commandements que ma nouvelle position m’assurait pour l’avenir.

Mon corps d’armée fut dirigé sur Krenis; on m’assigna, pour le faire vivre, le cercle de Korueuburg, et de ma i)orsomie j’établis mon quartier général dans le beau château de Graveneck, situé à peu de distance du lieu où je fis camper mes troupes.

A cette éj)oquc, Beriiadolte quitta l’armée. Son corps, à Wagram, avait on ne peut plus mal fait, et c’était tout au plus si lui-même s’était conduit en homme de cœur. Il o.sa attribuer le gain de la bataille à ses Saxons, qui avaient fui honteus»'meul. L’Knqtercur eu fut irrité et blessé. Un ordre du jour, communiqué seulement aux commandants des corps d’armée, fut publié, et le censurait avec sévérité, mais avec justice. L’Empereur lui donna l’ordre de (juitter l’armée et de se rendre à Paris, $ous prétexte de santé.

Mon corps d’armée fut augmenté d’une division

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lie troupes de la confédération, d'une belle division de cuirassiers et d’une brigade de cavalerie légère. 4’établis un magnifique camp à quelque distance de Krems, et je fis construire des baraques régulières en paille, dans la forme de nos tentes de toile. Ce camp présentait un très-beau coup d’œil. Us soldats y furent dans l’abondance et y jouirent du plus grand bien-être. L’Empereur, qui n’avait pas vu ces troupes depuis plusieurs années, vint les passer en revue. Il leur témoigna une grande sati.sfaction, leur accorda beaucoup d’avancements et les combla de récompenses. Ces récompenses méritées, données aux compagnons de nos travaux, sont plus douces pour un chef que celles qui lui sont propres. J’èn éprouvai beaucoup de bonheur.

J’avais un logement à Vienne; j’allais souvent dans cette ville, et, quand je m’y trouvais, je me rendais le matin à la parade de Schœnbrunn pour y faire ma cour à l’Empereur. Les maréchaux déjeunaient avec lui après la parade, et là, on se livrait, pendant une heure ou deux, à une conversation animée et spirituelle. Comme le plus jeune, je fus chargé de lire un jour toutes les dépêches relatives à la bataille de Talaveyra, livrée et perdue récemment en Espagne. Napoléon était furieux contre son frère, et contre Jourdan, son conseil.

Effcctivementj cette bataille fut donnée sans au-

cun calcul et avec la j)lus grande inutilité; mais l’événeincnl et les circonstances qui s’y raltachenl ont été assez importants, cl j’ai connu assez bien ce qui s’est passé, pour pouvoir consigner ici nies souvenirs et en faire un récit succinct.

L’Empereur, rappelé d'Espagne, où il se trouvait, • par la nouvelle des préparatifs des Autrichiens, quitta l’armée au moment où elle était à la poursuite de l’armée anglaise. Celle-ci, après avoir repassé l'Esla, se relira sur la Corogne. Sa retraite fut pénible, et, comme elle manquait de tout et qu’une armée anglaise est accoutumée à ne manquer de rien, elle souffrit plus qu’une autre, et arriva dans le plus grand dijsarroi devant celte ville. Le deuxième corps d’année, commandé par le maréchal Soull, était chargé de la poursuivre. Tou.' ceux qui ont été témoins des événements prétendent que l’occasion était belle pour la détruire; mais Soull fil là comme i>arlout : il hésita, et l'occasion lui échappa. Après le rembarquement d(‘ l'armée anglaise, il eut l’ordre d’entrer en Portugal et d’en faire la conquête. Rencontrant des milices et des rassemblements de paysans, il les battit et s’empara d’Oporlo; en continuant sa marche sans retard, il serait entré à Lisbonne.

J’ignore quel mauvais génie l’inspira et le fil s’arrêter ; mais, chose tout à la fois singulière et certaine, c’est qu’il reva la couronne de Portugal.

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