‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 126 sur 267 · MI · texte numérisé non relu

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Soult, doué de très-peu d'esprit, fort passionne, a une ambition sans bornes : sa réputation de finesse est fondée sur son habitude de dire toujours le contraire de sa pensée, et encore cette finesse et cette ruse disparaissent quand ses passions parlent, car alors son intelligence s’obscurcit au point de le faire tomber dans des aberrations incroyables. On a TU des généraux rever des couronnes après de longues guerres, dans les temps de désordre et d’anarchie, et lorsqu’ils commandaient des troupes sans patrie, des mercenaires que l’habitude, l’intérêt et l’esprit de bande attachaient uniquement à leurs chefs; mais, dans un temps d’ordre et de discipline, avec un souverain auquel l’Europe était soumise, avec une armée nationale, et lorsque le chef de l’État était avant tout le chef des soldais, vouloir lui forcer la main pour s’emparer d’une couronne, c’est une pensée qui n’est jamais venue à personne, avant d’être entrée dans la tête du maréchal Soult.

Il eut donc la fimtaisie de devenir roi de Portugal et de se faire demander par les Portugais à l’Empereur. -\rrivé à Oporto et joint par quelques intrigants portugais, il s’occupa à réunir dans cette ville une assemblée pour faire prononcer la déchéance de la maison de Bragance et demander à l’Empereurun nouveau souverain : bien entendu que le choix tomberait sur lui. Le bruit de cet étrange

'2fiO MÉMOlUES DU DUC DE RAGUSE.

projet SC répamlil dans l’arniéc ol y produisit, comme on l’imagine, l’effet le plus fâcheux. Soult n’était pas aimé, et ses ennemis relevaient avec d’autant plus de plaisir le ridicule et la folie de son entreprise. On ne parlait plus que du roi Nicolas. Le maréchal donna un ordre du jour à l’occasion des bruits qui couraient, et cet ordre du jour, en cherchant à donner une explication raisonnable, les confirma.

Il résulta de tout cela une sorte de désorganisation de l’armée, toute au profit de l’ennemi, l’n nommé Argenton, adjudant-major du 1 S' régiment de dragons, alla trouver les Anglais,- et annonça qu’il était envoyé par un comité composé des principaux généraux pour faire connaître le mécontentement de l'armée, le désir qu’elle éprouvait de rentrer en France, et pour s’entendre sur l’évacuation du Portugal. Le prétendu comité demandait à l’armée anglaise d’avancer et île suivre l’armée française, (|ui à son approche se retirerait. Argenton était spirituel; il convainquit les généraux anglais, eut des passe-ports pour franchir les avant-postes, annonça qu’il reviendrait avec des pouvoirs, revint sans les avoir, parce que, dit-il, la prudence l’avait cortmiandé, retourna, et, au milieu de scs allées et venues, au milieu de la division de l’armée et de la désorganisation occasionnée par tant d’intrigues et de l’incroyable préoccu-

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