LIVRE XII
potion de Soult, les Anglais passèrent le Duerosans rencontrer un seul de nos postes, et vinrent surprendre Soult à Oporto au milieu d’un baisemain. Le maréchal sortit de cette ville sous les coups de fusil de l’ennemi : une demi-heure plus tard, il aurait été fait prisonnier.
Cette sortie d’Oporto, où toutes les administrations et tous les embarras de l’armée s’étaient établis, fut une déroute. Pour comble dè malheur, l’ennemi s’empara du point de ri'traito, du pont d’ Amarante, et Soult fut contraint de diriger l’armée sur Montalegre. Mais la route n’était pas praticable au.v voitures; il fallut donc abandonner bagages et artillerie, quatre-vingts pièces de canon, et se retirer a.vec le personnel et les chevaux, en passant par un véritable trou d’aiguille. Argenton, surpris au moment où il revenait de l’armée anglaise, fut arrêté; on trouva sur lui des passe-ports anglais. Conduit prisonnier, il s’échappa, rejoignît l’armée anglaise, passa en Angleterre, et vint débarquer sur la cote de Doulognc, où il fut fusillé. La promptitude de son exécution autorisa à croire que sa mort, bien méritée assurément, avait pour objet de cacher quelque mystère.
J’ignore quels moyens Soult prit pour expliquer une si triste et si déplorable campagne, dont toutes les fautes lui étaient personnelles et dont quelques-unes étaient criminelles. 11 envoya son aide
de camp, Brun de Villcrct, à l’Empereur, pour lui expliquer ces étranges événements. Un des arguments du maréchal, argument dont il s’est servi . en me parlant lui-méme pour se justifier de ce qui s’était passé alors, était qu’il avait voulu ‘ajouter une force morale à la puissance des armes. L’Empereur hésita s’il ferait justice de Soult; mais il réfléchit au scandale qui naîtrait de la publicité : l’effet lui en parut devoir être pire que la punition ne serait salutaire, et il se décida à tout ignorer vis-àvis du public.
Cependant son juste mécontentement l’emporta sur le calcul, comme il arrivait souvent chez lui; et, longtemps après, voyant le général Ricard, chef de l’état-major de Soult, se présenter timidement à son audience, il l’apostropha en présence de deux cents personnes, et lui dit qu’il méritait la mort pour avoir trempé dans une semblable félonie.
Avant d’être informé des événements d’Oporlo, l’Empereur avait ajouté au commandement de Soult celui des cinquième et sixième corps, afin de mettre de renscmhle dans les mouvements, et Soult se trouva ainsi investi d’un très-grand pouvoir au moment où il en était le moins digne et où il redoutait tes plus rudes châtiments. D’un autre cùté, en sortant de Portugal, Soult avait fait le tableau le plus triste de l'état de son corps d’armée