LIVRE XII. — J
dans un rapport à Joseph. Ce rapport fut intercepte par Wellington : celui-ci savait d'ailleurs à quoi s’en tenir sur l’état du deuxième corps, dont il avait pris ou vu détruire tout le matériel, .\ussi, quand, placé dans la vallée du Tage, en position à Talavcyra et se disposant à marcher sur Madrid, on lui fit le rapport que le corps de Soult se portait sur ses derrières, passait le col de Banos et marchait sur le Tiétar pour le prendre à revers, il rit de son entreprise.
Ce ne fut que la veille du jour où l’armée allait le joindre, lorsqu’elle passait le Tiétar, qu’il sut que ce n’était plus le deuxième corps détruit et hors d’état d’agir, mais une armée de cinquante mille hommes en bon état, prête à l’écraser. 11 ne perdit pas un moment pour repasser le Tage et se couvrir par cette rivière. Ne pouvant plus se rendre au pont d’Almaraz, placé sur la grande communication, il passa le fleuve à celui de l’Arzohispo, plus à jiortée. Joseph, qui savait à jour fixe le moment de l’arrivée de Soult, ne devait pas s’avancer jus- (ju'à Talaveyra, et encore moins attaquer les Anglais dans une telle position. S’il était pressé de revenir sur Madrid pour couvrir cette ville contre l’armée espagnole en marche pour s’y rendre, un faible corps sur l’Alhcrche suffisait pour observer les Anglais, retarder leur marche et donner le temps à Soult d’arriver. S’il était tranquille sur
Ceusla, il fallait rester à portée de l’armée anglaist^ pour tomber sur elle à l’instant où elle décamperait; et enfui, s’il voulait absolument combattre, il fallait attaquer les Anglais avec jdus d’ensemble, d’une manière moins décousue. Mais tout fut aljsurde, jusqu’au choix de l’oflicier que Joseph chargea d’aller rendre compte des événements à l’Empereur. Il confia cette mission à Carion Nisas, poète de profession, militaire par hasard, triste avocat pour une pareille cause. Il ne sut pas rendre compte de la manière dont les troupes étaient formées. Il ne sut pas dire comment les attaques avaient été conduites. L’humeur de l’Empereur en augmenta au point que je l’ai vu rarement exprimer son mécontentement en termes aussi durs.
Pour achever l’épisode de la campagne d’Espagne, je dirai que l’armée anglaise, ayant passé le Tage au pont d’Arzobispo, dut se retirer par le chemin de Mezza da Ibor, au milieu de montagnes roides et impraticables. L’infanterie anglaise, étant séparée de son canon pendant plus de huit joure, et le Tage gnéable à Almaraz, Soult, avec une armée si supérieure et si bien outillée, se trouvant d'ailleurs si jirès, pouvait détruire les Anglais. S’il eût passé le Tage, il forçait l’ennemi à la retraite et à abandonner tout son matériel; il le rejetait en Portugal dans un état complet de désorganisation, et fixait 1e destin de la guerre. Mais le caractère
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des hommes, règle constante des habitudes de leur vie et de leur manière d’être, se retrouve toujours dans les grandes occasions, etSoult, pour son malheur et pour celui de son armée, ne put échapper au sien en cette méiuorahle circonstance. Il se
trouva sans résolution au moment d’agir et sans force au moment du danger, et la présence d’une armée si belle, que le hasard avait réunie un moment et placée dans une situation si favoiable, ne servit qu’à montrer de nouveau et son incapacité et la fortune de Wellington.
La fête de l’Empereur arriva. Elle fut célébrée dans tous les corps d’armée et à Vienne avec une grande ponq)e. L’Empc'reur donna heaucoiq» de récompenses, et, entre autres, il fit princes Masséna et Davoust, et leur donna d’énormes dotations. Il était constamment occupé à stimuler les ambitions, et, à mesure que l’un s’élevait, il créait un échelon de plus pour donner l’envie d’y arriver et prévenir le sommeil dans le poste où l’on était arrivé. Pourvu du titre de duc et de maréchal d’Empire, l'ambition semblait devoir être satisfaite; mais il fallait à l’instant voir le néant de ce que l’on possédait; car c’est ainsi que l'ambitieux envisage sa situation quand il n’est pas arrivé au dernier terme. Aussi, pour tout le monde, dans toutes les situations, c’étaient des accès d’une fièvre dont chaque jour augmentait l’activité.
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A cette époque, les Anglais firent sur Anvers une expédition, commandée, si je ne me trompe, par lord Chatam. Ils y emj)loyèrent des forces considérables, et, malgré cela, échouèrent. Cependant rien n’était préparé de notre côté pour la défense, et la résistance de Flessingue, poste avancé d’Anvers, avait été nulle. Le général Monct s’y était mal con* (luit. Je n’en éprouvai aucune surprise : je l’avais jugé un mauvais officier, beaucoup plus occupé à s’enrichir en faisant la contrebande qu’à remplir ses devoirs. Un bombardement de deux jours le fit capituler. Dans l’état où était Flessingue, avec les travaux exécutés, cette place pouvait facilement tenir pendant quinze jours de tranchée ouverte.
La reddition subite de Flessingue ouvrit l’Escaut à l’ennemi. Anvers était sans garnison; mais il renfermait tout le personnel d’un grand port : beaucoup d’ouvriei’s, le fond de plusieurs équipages, et ensuite les équipages mêmes des vaisseaux (pii devaient s’y réfugier et quitter leur station dans la rade de Flessingue. Le conseil des ministres envoya llernadotle pour commander à Anvers, et mobilisa beaucoup de gardes nationales qui furent dirigécîs sur ce point. Le choix do BernadoUe déplut à rEinpcreur. Sa conduite à Wagram lui avait laissé une profonde impression de mécontenteinent. Il révoqua ce choix aussitôt, et remplaça