LIVRE X. — is(i«- isi
res pour me compléter. L’Empereur m’ordonna de me mettre en mesure de marcher; mais cette affaire traîna beaucoup, et elle n’était pas encore terminée quand la catastrophe de Sélim arriva. Toutefois cette espérance me souriait. Je lis reconnaître avec soin les points de la Dalmatie offrant le moins de difficultés pour déboucher en Bosnie et faire une route pour y arriver. Ce fut le commencement de ces travaux mémorables' exécutés depuis dans toute la province. Je fis partir sur-le-champ, pour se rendre auprès du général Sébastian!, six officiers d’artillerie et du génie. Ce nombre s'augmenta beaucoup quelques mois plus tard. J’envoyai aussi directement un officier à Viddin, auprès de Passwan-Oglou; un autre à Routschouk, auprès de Moustapha-Bairactar, ce meme Turc dont la célébrité est justifiée par son courage, son dévouement à Sélim et sa mort héroïque. Ils étaient chargés d’offrir, de ma part, des secours en artillerie, en munitions, en officiers, et d’annoncer ma prochaine entrée en Turquie pour les appuyer avec trente mille hommes aussitôt après avoir reçu les firmans du Grand Seigneur.
Moustapha-Bairactar se trouva être un homme moins civilisé que les Turcs qui occupent aujourd'hui de grands emplois. Son ignorance en géographie était fort grande; il demanda à l’officier que je lui envoyai si, eu venant de Dalmatie, il avait
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dû passer la mer. Ces deux chefs ne réclamèrent aucun secours.
La guerre entre la Turquie et la Russie avait multiplié mes rapports avec les pachas. J’entrai en communication avec le célèbre Ali-Pacha de Janina. Celui-là fit beaucoup de demandes. Je lui envoyai tout ce qu’il désira en matériel, et, de plus, un détachement d’artillerie, commandé par un officier.
L'amiral Siniavin, parti de Cattaro, depuis un mois, avec toute son escadre, excepté deux vaisseaux, dos frégates et des bâtiments légers restés <lans nos parages, avait fait sa jonction avec l’escadre anglaise.
Le 27 mars, une lettre de Sébastian! m’annonça le départ de Constantinople du ministre d’Angleterre, et l’arrivée de l’escadre anglaise devant cette ville le 21 février. Les Dardanelles avaient été forcées. On considéra cette action comme extraordinaire; maisc’estun prodige qui se renouvellera toujours, tant que ce passage ne sera armé que de gros canons immobiles, qui ne peuvent tirer qu’un seul coup chacun contre une escadre marchant avec un vent favorable.
L’amiral Dukwort, arrivé avec son escadre devant Constantinople à la pointe du sérail, menaça de brûler la ville, et, comme il était maître de le faire, puisque cette ville était sans défense, il pou-