LIVRE X — 1806-1807. 3îj
vait en résulter une révolution ou un changement de politique complet. A Iq suite d’une pareille entreprise, il y avait tout à redouter. Ces nouvelles étaient déjà fort anciennes. Mais, le 29 avril, de nouvelles dépêches de Sébastian!, en date du A, vinrent m’apprendre les heureux événements qui s’étaient passés. , '
Sébastian! avait soutenu et développé l’énergie du sultan. Par de feintes négociations, il avait fait gagner du temps, et, en peu de jours, toute la côte avait été couverte d’artillerie. Aloi-s on refusa de traiter. Les Turcs étaient revenus de leur effroi, et, les moyens moraux, les seuls favorables aux Anglais dans leur entreprise, se trouvant usés, il n’y avait plus aucune proportion entre les moyens matériels d’attaque et de défense.
On s’occupait aussi à armer les Dardanelles, afin d’en rendre le passage plus difficile. L’amiral anglais craignit les dangers du retour, et se hâta de partir. Un des gros boulets de pierre, lancé par cette artillerie barbare, mais gigantesque, du détroit, rencontra le grand mât d’un vaisseau de ligne anglais et l’abattit d’un seul coup.
L’énergie des Turcs et la rapidité avec laquelle on créa la défense firent, dans le temps, beaucoup d’honneur à Sébastian!. Il fut secondé puissamment dans l'exécution des travaux par les officiers que j’avais envoyés auprès de lui, parmi lesquels
MEMOIRES DLî IH C DE RAGUSE.
étaient deux de nies aides de camp, MM. F.eclerc et Fabvier. l e dernier, homme d’une grande résolution, a acquis, depuis, à divers titres, une assez grande réputation. Avec eux était un autre officier, également de mon choix, et devenu, lui aussi, bien autrement célèbre, le colonel Foy.
J’ai parlé des difficultés de communication que la Dahnatie présentait : rien ne peut en donner l’idée. Elles rendaient les marches longues, pénibles, empêchaient de porter des corps organisés et en état de combattre sur le point où ils étaient nécessaires. Les transports des vivres et des munitions présentaient les plus grands embarras. Enfin les troupes, dans leur marche, étaient toujours dépourvues d’artillerie, de cet auxiliaire si puissant à la guerre.
Du temps des Vénitiens, tout était pour le mieux : maîtres de la mer et réduits sur terre à une guerreconstamment défensive, ne communiquant qu'au moyen de leurs vaisseaux avec la Dahnatie, tonies les villes maritimes fortifiées étaient autant de têtes de pont par lesquelles ils pouvaient déboucher. Les ennemis à combattre étaient les Turcs et, les Autrichiens, mais particulièrement les premiers. Le pays étant impraticable, les Turcs n’avaient aucun moyen de pénétrer avec du canon, à moins de travaux énormes, et, n’étant jamais maîtres de la mer, ils ne pouvaient bloquer les places maritimes.