LIVRE Xl.l
coiiduile de Charles XIII, en déshéritant son sang, et dire : « Il fallait bien remplacer Gustave-Adolphe, puisqu’il était fou; mais c’était son fils qu’il fallait appeler à lui succéder. »
Les négociations de paix avançaient. L’Empereur m’envoyait souvent chercher pour me parler des provinces autrichiennes qu’il avait l'intention de se faire céder. Les ayant parcourues et habitées, je les connaissais fort bien. Je lui appris tout le parti qu’on pouvait en tirer. Il in’annonita son désir de m’y renvoyer avec des pouvoirs sans limites, pour faire de ce pays, en le plaçant hors de l’empire et du royaume d’Italie, un poste avancé destiné à couvrir ses Etats, qui serait gouverné -et administré sous l’autorité du général qui y commanderait.' 11 voulait créer ainsi une frontière toute militaire, comme l’étaient dans le moyen âge les margraviats; et il me dit en riant : « Et vous serez margrave. »
Dans une de ces conversations, il m’entretint de ma position domestique. H n’aimait pas ma femme : il connaissait ses torts envers moi; il me parla de divorce, en développa les motifs, me le présentant comme un élément nécessaire à un grand avenir pour moi; il m’y engagea de la manière la plus vive. J’appréciais ces motifs comme lui; mais un sentiment de justice et de bonté, naturel à mon cœur, me lit résister à ses instances. J’avais aimé ma
femme; elle m’avait donne sa jeunesse; je savais de quel prix étaient pour elle les jouissances de l’orgueil et de la vanité. Le changement de sa situation, le malheur et rhumiliation qui en seraient la suite, la mettraient au désespoir. Je croyais la toucher par cette conduite généreuse, et en trouver le prix dans ses soins et un attachement véritahle. Le commerce de la vie doit se composer d’indulgence réciproque. De bonne heure j’ai mis du prix aux souvenirs : comment en retrouver d’agréables si on se sépare de ceux avec lesquels l’on a passé ses premières années? .le crus donc devoir me refusera un parti qui aurait eu une si grande influence sur ma destinée, l’aurait embellie et consolée. Dieu sait le prix que j’ai retiré d’une conduite si délicate ! Je repousse aujourd’hui les souvenirs les plus pénibles de ma vie. Je ne parlerai plus qu’une fois do cette malheureuse union; mais je le ferai avec détail, à cause des débats publics qu'elle a occasionnés, et l’on saura quelle masse de chagrins une mauvaise femme peut accumuler dans le cœur d’un honnête homme.
Au moment où rEmj)ereur signait la paix, il prévoyait de nouvelles guerres qui devaient le ramener dans ces mêmes contrées. 11 n’avait pas alors l’idée de ce mariage dont les résultats devaient être si funestes pour lui par la folle confiance qu’il lui inspira. Il m’engagea à étudier le pays occupé par