LIVRE XIII. — 1809-1810. 54.S
Ces réflexions m’ont porté à examiner la division de la France en départements, souvent admirée, on ne sait pourquoi : elle a été faite par caprice, sans système, sans principe; on a peine à concevoir jusqu’à quel point on ignorait la règle à suivre. Lyon, par exemple, était frontière de trois départements, et son faubourg de la rive gauche du Rhône n’appartenait pas anciennement au même département que la ville.
Je. fis donc ma division territoriale d’après ces principes, en conservant toutefois, autant que possible, les divisions déjà existantes; car rien ne contrarie autant les populations que de changer leurs habitudes sans nécessité.
J'eus à m’occuper promptement des régiments frontières. Grand admirateur de cette organisation remarquable, tout à la fois utile à un peuple barbare par la direction qu’elle lui donne dans le développement de ses facultés, économique pour la défense de la frontière, satisfaisante pour la police et le maintien du bon ordre, et bonne pour le gouvernement qui entretient une véritable et excellente armée, toujours au complet, toujours prête à marcher, et presque sans frais en temps de paix, j’en avais parlé souvent à l’Empereur, et lui en avais fait goûter les avantages. Cependant les faiseurs de Paris, accoutumés à porter des jugements absolus, sans prendre la peine de rien étudier, et convain-
:.oî
eus que le développement de l’inlelligence humaine date seulement de leur époque, ne veulent pas comprendre (pie la législation et les institutions, chez tous les peuples, doivent varier de mille manières : bizarres aujourd’hui, elles ont été, dans le temps de leur création, l’eApression des besoins publics. Les faiseurs dont je parle prennent pour terme unique de comparaison la France, qu’ils connaissent seule et souvent fort mal. Ils trouvaient monstrueuse la réunion des pouvoirs entre les mains des mêmes individus : ils criaient au scandale, à la violation des principes; ils demandaient la suppression de cette organisation, qui seule donnait du prix à ce pays nouvellement cédé.
Leurs clameurs arrivèrent jusqu’à moi, et je vis toute l’éleudue du péril. Si elles eussent été écoulées par Aapoléon, c’en était fait de la Croatie, l’anarchie y régnait; une partie de la population passait en Autriche, et les troupes françaises eussent été écrasées de service pour satisfaire aux nécessités de la frontière. Je rédigeai un mémoire où je fis de mon mieux le tableau de l’organisation frontière, des changements qu’elle avait subis, et de la perfection à laquelle elle était arrivée. Les mêmes mains réunissaient tous les pouvoirs; mais il y avait un contre-poids, et des précautions étaient prises pour empêcher l’abus. Je fis voir les avantages immenses (pi’en liraient les services publics, en mé-