LIVRE XIII. — 1809-IR
nageant une population pauvre, à laquelle on peut demander des travaux, des services militaires, et les produits de sa chétive industrie, niais non de l’argent qu’elle n’a pas. Enfin, je fis remarquer l’harmonie de ses lois tout à la fois dans l’intérêt du souverain et des sujets. Ce mémoire, rédigé en deux jours, et envoyé à l’Empereur par estafette, fut lu aussitôt, et une réponse immédiate m’annonça •lu’aucun changement ne serait apporté à l’organisation des régiments croates, que si je le jugeais nécessaire. Je devais les réorganiser, et j’étais autorisé à nommer à tous les emplois vacants, soit en prenant les sujets dans les troupes, soit en les choisissant dans l’armée française. Cette importante besogne fut promptement terminée.
Je nommai colonel du premier régiment (licca) le lieutenant-colonel Slivarich, venu du service d’Autriche : il me parut le plus digne. Les cinq autres régiments furent donnés à des officiers de l’armée française, dont je faisais un cas particulier. Je mis à peu près autant d’officiers français que d’officiers croates, et, de ce moment, les uns et les autres, suivant leurs mérites, furent traités également. L’union s’établit parmi eux; un grand amour du service, une émulation louable, s’empara de leurs esprits, et les officiers croates, afin de SC montrer dignes de l’armée dont ils faisaient partie maintenant, déployèrent une activité qu’ils
n’avaient jamais connue. Les soldats, fiers de leur nouvelle destinée et des soins dont ils étaient l’objet, regardés dans l’armée autrichienne comme inférieurs aux autres, purent être comparés aux meilleures troupes connues.
J’avais souvent annoncé ce résultat à l’Empereur sans le persuader : en quittant les provinces, je lui prédis qu’à la première guerre il en tirerait un grand parti. A son retour de Russie, il reconnut la vérité de mon assertion : il n’avait jamais eu, me dit-il, de soldats plus braves et meilleurs sous tous les rapports. Cette organisation, véritable chefd'œuvre, mérite d’être connue; ceux qui en seront curieux pourront en lire les détails dans la relation d’un voyage que j’ai publié en 1857.
Des magasins de subsistances, habituellement formés en Croatie, préparent les secours nécessaires dans les années de disette, et donnent le moyen au gouvernement autrichien de faire des avances de cette nature aux Croates. L’année précédente avait été mauvaise; l’invasion des Turcs, au commencement de la campagne, sur une lisière très-fertile, invasion accompagnée d’un incendie général, avait causé de grandes pertes et diminué les moyens de subsistance. 11 fallait pourvoir tout à fait à la nourriture de cette population dépossédée de ses terres et de ses maisons, et s’élevant à vingtcinq mille individus. La chose, peu facile en elle-
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