‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 18 sur 267 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

des préventions et de l’animadversion des Turcs, et l’aliment de leurs passions contre tous les Européens. Il était sage de faire rétrograder le détacl^ement désiré, demandé par le gouvernement. Appelé par l’opinion, il pouvait être utile; mais, dans la circonstance présente, il ne pouvait être qu’un embarras et l’occasion d’un danger. Far mesure de prudence, et pour protéger son retour, je me rendis à la frontière avec des troupes aussitôt que je connus tes événements, et je serais allé à sa rencontre et l’aurais dégagé si des insurrections en Bosrlie eussent fait commettre contre lui quelque hostilité.

Depuis quelque temps, Siniavin était revenu à Cattaro; il avait établi une croisière sur nos côtes devant Spalatro, et il la renforçait tous les jours. Enfin une grande partie de l’escadre arriva le 5 juin avec des troupes de débarquement. Il avait établi des intelligences dans le pays. Les Autrichiens n’avaient pas cessé de fomenter le mécontentement. Le provéditeur, par sa folle vanité et ses fausses mesures, prêtait son appui aux mécontents. Nos ennemis les plus déclarés s’étaient emparés de son esprit en flattant ses passions et son orgueil. Sans le savoir, il s’était mis entre leurs mains. Ses agents, leshommes de sa confiance, conspiraient, et cependant il ne voulut jamais le croire. Il n’était sans doute pas leur complice, car il fut rempli de

terreur au moment où l'insurrection éclata; mais ses veux étaient fascinés.

Un colonel de Pandours, nommé Danese, travaillait activement, avec les Russes et les moines, à amener un soulèvement au profit des Autrichiens. Sa famille avait de l’influence dans le jiays; sa haine contre l’ordre établi, son dévouement aux Autrichiens, étaient connus. 1-a levée de la légion didinate avait mécontenté, parce qu’on avait étendu la conscription aux villes. Du temps des Autrichiens, jamais les levées de soldats n’avaient souffert de difficultés; à la vérité, les villes en étaient exemptes. Aujourd’hui il en était autrement, et les habitants des villes communiquaient leur mécontentemenl aux habitants de la campagne, quoique la mesure dont ils se plaignaient fût une mesure de justice en faveur de ces derniers. Ainsi va le monde, souvent on sert avec passion, et contre ses propres intérêts, les passions et les intérêts des autres.

L’amiral débarqua immédiatement mille hommes environ dans le comté de Politza. Aussitôt les habitants se révoltèrent, prirent les armes, et tous ceux des environs de Spalatro en firent autant. Quelques soldats périrent et furent assassinés. J’étais à Zara, et j’en fus informé'sur-le-champ. Je me rendis tout de suite à mon quartier général; mais déjà, à mon arrivée, les Russes s’étaient rembarqués, et mon chef d’état-major, le général Vignolle, avait marelié

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