‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 184 sur 267 · LIVRE XI U. — 1S · texte numérisé non relu

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logement, le lendemain matin, dix Croates attendaient impatiemment) avec des torches, le moment où j'en serais sorti pour y mettre le feu, et tremblaient qu’elle n’échappât à l’incendie. Il est bon et utile de servir l’intérôt des siens; mais qu’on se les attache bien davantage encore en servant leurs passions! Ce pillage et cet incendie, commandés aux Croates, nous conquirent leur affection plus que toutes les faveurs possibles, et la circonstance contribua puissamment à donnera celte population le bon esprit qu’elle a conservé pendant tout le temps de notre domination.

Après avoir fait ce terrible exemple, je me rendis devant Bihaez, ville fortifiée, boulevard de la province, capitale de la Croatie turque. Au moyen d’un pli de terrain qui permettait d’approcher de la place, j’établis des batteries d’obusiers et de petits mortiers de huit pouces. Avant de commencer le feu, j’envoyai aux habitants de celte ville, où s’étaient réfugiés les principaux capitaines, auteurs de tout ce qui s’était passé, un parlementaire avec une lettre, pour leur faire connaître mes intentions. Je venais de leur prouver que jamais mes menaces n’étaient vaines; ils devaient juger combien peu je les redoutais. J’étais prêt à cesser mes hostilités si j’obtenais justice, c’est-à-dire la reconnaissance de nos droits, la libre possession des terres reprises et le repos de la frontière. La terreur régnait partout :

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:.m: mémoires du duc de raguse.

inissi ma lettre fut-elle reçue avec reconnaissance et coinnie moyen de salut. 'Le capitaine Hadgi-Ali, principal auteur de la résistance, et qui, sur la foi du consul David, avait joué le principal rôle dans celte affaire et m’avait répondu la lettre insolente citée plus haut, crut de son devoir de se dévouer pour apaiser ma colère s’il fallait une victime. Il proposa de se rendre de sa personne dans mon caiii|) afin d’implorer ma miséricorde. La proposition fut agréée. 11 se présenta aux avant-postes, accompagné de deux autres députés. Un de mes interprètes alla le recevoir et me l’amena. L’action de ce capitaine était généreuse, car il croyait s’exposer au plus grand danger. 11 connaissait l’interprète, et, aussitôt qu’il le vit, il lui dit : « Nicoletto (c’était son nom), parlez-moi franchement, dites-moi la vérité, j’ai assez de courage pour l’entendre • le maréchal demande-t-il ma tète? » — Nicoletto le rassura. J’exigeai une reconnaissance écrite de nos droits, signée de tous les capitaines de l’arrondissement. J’aurais pu obtenir des otages; cette garantie me parut superllue. Je demandai la remise de la forteresse de Czettin ; mais ils me déclarèrent et me prouvèrent que la chose était hors de leur pouvoir, le capitaine qui l’occupait n’étant pas avec eux ni dans leur union, et je les crus.

Les tschardaks ou postes fortifiés ayant été replacés, les Croates rentrèrent en possession de leurs

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biens. Li paix fut doncrélablie dans celle partie de la frontière, et n’a pas été troublée depuis. Il était difficile de rentrer de vive force dans Czettin si les Turcs eussent voulu s’y défendre. Un équipage de siège, dont je n’étais pas pourvu, eût été nécessaire. Celle opération m’aurait entraîné dans des dépenses et des travaux supérieurs à mes moyens. Czettin avait résisté aux Autrichiens pendant vingt jours de tranchée ouverte, et les mêmes Turcs de la frontière avaient battu seuls le général Devins. ’So perdant pas un moment et profitant de la terreur causée par les événements d’isachich et de Rihacz, je crus pouvoir arriver à mes fins. En conséquence, aussitôt mon arrangement terminé, j’écrivis au capitaine qui occupait Czettin la lettre suivante :

« Vous avez été informé des événements dTsachich et de la soumission des habitants de Bibacz. Je vous préviens qu’à l’instant même je me mets en marche contre vous. Si demain, en arrivant devant la forteresse de Czettin, je la trouve occupée par vos gens, je ne m’amuserai pas à en faire le siège, mais je détruirai toutes vos possessions et mettrai à feu et à sang votre territoire. »

Le lendemain malin, je trouvai le fort évacué par les Turcs, tout le matériel intact, les canons en batterie sur les remparts, et les magasins remplis de vivres et de munitions. Les postes furent réta-

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blis sur celle parlie de la fronlière comme sur l’autre, el loul renlra dans l'ordre.

Les Croales Irouvèrenl, dans noire aulorilé, une proleclion efficace à laquelle ils n'élaienl pas accoulumés. Sous le gouvernement autrichien, on leur ■donnait toujours tort dans toutes leurs discussions, tant ce gouvernement craignait de se brouiller avec, ses incommodes voisins. Ma règle de conduite fut ■trètre de la plus scrupuleuse justice, mais de soutenir avec énergie les Croates toutes les fois qu’ils auraient raison. Ce qui venait dese passer prouvait, aux uns et aux autres, ma résolution et mon pouvoir; et, depuis ce moment, une parole de moi suffit toujours pour tout terminer.

I.es Croates, relevés à leurs propres yeux, étaient <levenus fiers, et les Turcs disaient d’eux qu’ils avaient pris la peau française., Varmi ceux-ci, mon nom était resté un objet de terreur. Je l’ai ouï dire il n’y a pas très-longtemps à plusieurs personnes revenant de ce pays. Il est devenu populaire comme moyen de crainte; et quand une mère veut faire taire son enfant qui pleure, elle lui dit: « Tais-toi, ou Marmont va venir. » C’est ainsi qu’autrefois, en France, on menaçait de l’ogre les petits enfants.

Je le répète, la manière dont cette affaire fut traitée a eu une grande influence sur l’esprit des Croales; elle leur a donné, pour ainsi dire, une nouvelle existence auprès des Turcs. J’ai raconté

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