‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 193 sur 267 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

les yeux des colonels, apprendre à servir eux-mèmes d’instnictenrs. .l’attachai aussi à c1i.t/|uo régiment français des officiers et sous-ofliciers ci'oati’s, pour y être instruits. Dans le cours de l’été, les régiments croates acquirent rinstruclion nécessaire pour servir et manœuvrer avec les troupes françaises, et les Croates, fort intelligents, apprirent assez vite tous les commandements français, pour les faire eux-mèmes et les exécuter. Dès lors, tous les commandements eurent lieu en notre langue, chose indispensable pour des troupes qui devaient servir avec nous.

De bonne heure, j’avais pensé à étendre nos relations de commerce avec la Turquie, et, pour les favoriser, j’avais donné l'ordre de construire un grand lazaret à Costanitza. Le conlluent de la Guipa dans la Save m’avait d’abord paru un emplacement plus avantageux, comme pouvant servir également aux marchandises venant par eau et par terre; mais, ces dei nières étant de beaucoup les plus nombreuses et devant le devenir davantage encore, leur intérêt particulier dut prévaloir. Le commerce avait déjà les habitudes de Costanitza, et il ne faut pas changer la marche du commerce sans nécessité. Les travaux, conduits avec activité, furent terminés dans la campagne. Cependant un entrepôt secondaire fut établi à Sissek.

J’allai voir aussi les Croates, dont j’avais vengé

la querelle el qui rebâtissaient leurs demeures : elles y gagnèrent, comme il arrive toujours en pareil cas; des ingénieurs présidèrent à leurs travaux, et leurs habitations furent réunies par masses d(î vingt à vingt-cinq maisons. Les régiments étant autorisés à venir à leur secours, des bois leur furent fournis gratuitement; on leur abandonna un certain nombre de journées de travail qu’ils devaient à rÉlal, L’ouvrage, très-régulièrement exécuté, fut terminé avant la mauvaise saison.

Je réformai une disposition de l’état civil des Croates contraire aux intérêts de la population. Les mariages, trop précoces et autorisés dès l’âge de douze à quinze ans, furent défendus avant seize ans pour les lilles et dix-huit ans pour les hommes. J’avais obtenu de l’Empereur d’envoyer deux cents enfants croates, fds d’ofliciers et de sous-officiers, en France, pour y être élevés, aux frais de l’État, dans nos lycées et nos écoles. Celte disposition fut reçue avec joie et reconnaissance. Je fis faire les choix sous mes yeux. Les jeunes gens partirent sans retard en deux détachements, à pied et conduits par des officiers. Peut-être un jour la France retrouvera-t-elle les fruits de ces soins !

Après avoir visité ainsi la Croatie et revu les champs de bataille où l’année précédente j’avais combattu, je revins parSegna, Fiume, Trieste, Gorizia, Villach et Laybach.

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