‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 224 sur 267 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

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inoin de la procédure et assister au jugement; je le refusai comme contraire à notre dignité, mais la justice n’en fut faite qu’avec plus de sévérité.

cette époque, les mesures de rigueur redoublèrent contre les marchandises anglai.ses : on les brûla impitoyablement dans tous les lieu.\ où l’on [»ut en découvrir, et ces actes, tout rigoureux qu’ils étaient, ne présentaient pas au moins les circonstances d’iniquité si odieuses auxquelles la confiscation des marchandises coloniales avait donné lieu, ainsi que je l’ai remarqué précédemment.

L’Empereur s’occupa de la sûreté des provinces illyriennes, et me demanda un projet de fortification. Par la réunion des bailliages du Tyrol, on a pu juger son intention : il voulait faire de ces provinces la frontière militaire complète de l’Italie . contre r.\utriclie. Tout me parut devoir se réduire à deux places, en outre de celles que j’ai indiquées en parlant de la défense du Frioul : l’une entre Tarvis et la Ponteba, à Malborghetto, et l’autre à Caporetto. Ces deux places auraient défendu et fermé les débouchés des montagnes dans la plaine du Frioul. Pour garder les bords de la Save, il aurait fallu une bonne place à Krainbourg; elle aurait fermé la vallée et gardé les deux débouchés qui viennent de Villach et de Klagenfurth, et une à Laybach pour appuyer une armée qui aurait défendu le passage de la Save. La place de Krain-

bourg, me |)araissanl plus importanle, était celle <]ue j’avais proposé de constniire, sauf à s’en tenir seulement au château de l-ayhach et à établir au besoin un camp retranché sur les belles positions <]ui se lient à son assiette. Un fort occupant les défilés en avant d’Adelsberg aurait complété la défense de cette frontière; mais notre puissance a élé si passagère, qu’à jteine a-t-on eu le temps de concevoir et de préparer les projets.

L’Empereur insistait pour fortifier Trieste. Le fort <|ui couvre la ville pouvait être armé sans grandes dépenses; mais l’idée d’envelopper la ville par un système de forts détachés m’a loujours paru une entreprise d’un succès douteux et exigeant des moyens supérieurs au but qu’on voulait atteindre.

.l’allai visiter les mines de mercure d’Idria, dont' la célébrité est fort grande. Découvertes en l iîl7 ]>ar un paysan, elles ont depuis été constammeni exploitées. Une population de trois mille âmes environ est consocréc aux travaux. Ses jiroduits sont annuellement de un million cinq cent mille francs (le vif-argent, et le revenu net ne dépasse pas cin(| cent mille francs. Le principal débouebé pour le placement du mercure est l’Amérique, où on l’emploie dans l’exploitation des mines d’or. Le mercure ayant la propriété de s’amalgamer avec l’or et l’argent, ces métaux, dans leur gangue, sont réduits en poussière que l'on jette dans le mercure, 'font

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<'o (|ui ii’esl [>:is or ou argent se sépare. Reste le iner- «■urc ainsi combiné à l’or et à l'argent. On j)lace le tout dans des fours à réverbère; le mercure se volatilise; l’or et l’argent restent pui's an fond du fourneau. I.Æ mercure volatilisé est recueilli; et, sauf <|uelquc perte, il sert de nouveau. Les Espagnols étaient autrefois eu possession d’acbeter 1a totalité des produits; mais leurs besoins ont beaucoup diminué par la découverte et l’exploitation des mines de mercure d’Almaden, en Andalousie, plus considérables que celles d’idria. L’Empereur affecta le produit des mines d’idria à l’ordre des Trois-Toisons d’Or, qui a existé seulement en projet.

L’administration de ces mines, mal conduite, était fort chère, comme il arrive toujours chez nous en pareil cas. Je réclamai qu’elle fût abandonnée à radministration des provinces, sauf à livrer, cha- (pie année, une (piantité de mercure déterminée. •Nous aurions ainsi développé leur exploitation, et le trésor de l’illyrie y aurait trouvé un pui.ssant secoui’s, après avoir satisfait à la délégation faite sur lui en faveur de l’ordre des Trois-Toisons; mais l’Empereur ne voulut pas entendre à cet arrangement.

Ces mines sont belles et curieuses. L’exploitation en est bien entendue. On en tire divers oxydes de mercure et on y fabrique du cinabre. La population, entièrement composée de mineurs, est aisée;

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niais combien elle achète cher son bien-être par les infirmités précoces qui l’accablent! Quelques années d’un travail suivi dans ces mines suffisent pour affecter le système nerveux et produire quelquefois un tremblement continuel dans tous les membres.

Je profitai du voisinage pour aller voir deux choses curieuses de ce pays : la gi'otte d'Adelsberg et le lacdeZirknitz. La Carniole a la même constitution que la Dalmatie; tout est calcaire ou grès. Les rivières creusent leur lit profondément, traversent les montagnes, disparaissent et surgissent de nouveau. Des grottes immenses et caverneuses d’une grande profondeur semblent les temples des Titans. Des stalactites et des stalagmites superbes, produites par les dépôts des infiltrations, forment des colonnes et des monuments d’une architecture bizarre. La grotte d’Adelsberg, par sa profondeur, |)ar son étendue et la variété des formes de ses parvis et de ses divisions, est une des choses les plus remarquables en ce genre, et, quand elle est illuminée, comme lorsque je la visitai, elle offre un coup d’œil dont il est impossible de faire une description exacte et de donner une juste idée.

A quelque distance d’Adelsberg et sur la route de Laybach, jtrès du château de Cobentzel, sort de la montagne une rivière qui se perd plus loin et forme

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ensuite la Laybach. La grotte <jui lui donne issue est si élevée, la forme des rochers est telle, qu’il s’y produit des effets d’acoustique extraordinaires. Une planche tombant sur le sable fin et humide occasionne un hriiil comparable à celui que produit l'explosion d’une pièce de. vingt-quatre.

J’allai voir le lac de Zirknitz, situé dans celte partie des montagnes. Celui-ci, comme les lacs de Oalmatie, se vide eu partie pendant l’été, quelquefois complètement. Tant qu’il n’est pas descendu à un certain niveau, on ne peut rien prédire de l’avenir; mais, quand il a baissé à un point qu’on a observé, sa disparition a toujours lieu le quatrième jour. Ce phénomène excitait l’admiration et l’étonnement de ceux ipii me le décrivaient. Je crois eu avoir trouvé l’explication.

Le lac de Zirknitz commuui<iue évidemment avec un lac souterrain beaucoup plus grand que lui. ün bandes sépare au-dessous de leur niveau commun. Tant que ce niveau reste au-dessus du banc, il y a communication entre les deux lacs, et l’abaissement qui constitue le phénomène est incertain. Quand le niveau di-sparaît, les deux lacs sont isolés, c’est-à-dire le lac qui est à la superficie du sol n’est plus alimenté par le lac souterrain; et alors, comme il existe une proportion constante entre la quantité d’eau qu’il renferme et les gouffres par lesquels elle s’écoule, l’eau disparaît toujours au bout d’un

'.IKMÜlllKS lU: DUC DK «ACDS.-.

lurme temps de trois jours et quelques lieures'.

Toutes les branches de radiuinistratioii luareliaient aussi bien que [losslble; l’ordre judiciaire seul était eu retard. L’organisation projetée était à Paris depuis longtemps et ne pouvait pas en sortir, .le réclamais chaque jour davantage. On sent plus (|ue jamais rimportance et le besoin de l’action de la justice, au moment où on en est privé. J’étais réduit à intervenir quehpiefois dans des all’aires particulières, à cause, de l’iirgoncc (chose si fâcheuse!), et de donner des arrêts de snrséance. Je

' .M. :i parlû Imijjuemeiil «lu lac ilc ZirknilK, dans r.4n»iH«o«’

(/« hitrenu des longilmles, |ias<! 210, aiiiico L'esiilicalimi i|ii'il

«Inimc du |llll'■lllllllônc est analogue à ilii duc de lla;;ii>e. Les <lélails ijii'il ajmdc, conceiiiaiil les piodiiils ilu lac, suiil Irès-ciirieux ; « ImiiiédiaU'iiient ii|p|î‘s I I retraite des eaii\, tonte IVtendne de teriiiiii qu'elles coiivraient est mise en culture, et, au liont d'une ioii|de de mois, les pays ms l'auclieMt du foin on moissonnent du millet et du seigle là en spielqne temps anparuvant ils |hs liaient des lanclies et des Inochets. . .

« On a remaïqué, paimi ces diverses omeitures du sol, desdiflëreiues sin;;nliêrcs : les unes roiiniissent seulement de l'eau; d'antres donnent pas>a;çe à de l'eau et à des |Miissons plus nu moins ^ro<; il en est d'une troisième ispèce |iar lesquelles il sort d'aliuid i|uelqnes canards du I: c souterrain.

« Ces ranaids, an moment oii le lln\ liquide les fait pour ainsi dire jaillir à la surface de la terre, iia;jenl bien. Ils sont coniplétement aveugles, et presque entièremeiil nus. lai faciilti' devoir leur vient en pende temps ; mais ce n'est guère qu'au bout de deux ou trois semaines que, leurs plumes toutes noires, excepté sur la tête, ont assi-i janissé |Hiur (|u'ils puissent s'envoler.' Valvasnr visita le lac de Ziiinil/ en U187 ; il y |iril liii-méme un grand nombre de ces cauaivls, et vit les paysans pêcher des anguilles (iniistelii Ihli'iiUilis) qui pesaient deux on trois livi-es, des lanebcs de six à sept livis's; enlin des broclnts de vingt, de liriile et même de quarante livres. »

(.Vofe de rÊdilciir.)

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