‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 225 sur 267 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

pris leparli d’envovfr à Paris M. Heini, secrétaire ilii gouvernement, homme actif et distingué, pour représenter l’état des choses; mais, plus tard, je sentis qu’il fallait faire connaitre à l’Empereur et à ses ministres d’une, manière spéciale les besoins généraux de ce pays autrement que par des lettres, et je sollicitai pour moi-mème un congé qui me fut accordé peu après.

Au commencement de janvier survint un événement fort extraordinaire. Un nommé Wilhelm-Aurelio d’Ainitia, né à Stuttgard, arriva sur la côte de Dalmatie sur un brik sicilien de quatorze canons. .'<’étant fait mettre à terre pendant la nuit, il s’annonça aux autorités cumme ayant des dépêches à me remettre, et demanda à être conduit auprès de moi. Amené en poste à Laybach par un officier, il me déclara qu’il était an service de la reine de Si- < ile et qu’il arrivait de l'alerme. 11 n’avait ni dépêches ni |)Ouvoirs; mais assuré, disait-il, tl’en avoir aussitôt qu’il en aurait besoin; dévoué au roi et à la reine de .Sicile, et connai.ssant leur situation malheureuse, il s’était décidé à venir s’informer s’il n’existait pas (juelques nioyens de rapprochement entre eux et l’Empereur. Il me dit que les Anglais, par suite de leurs outrages envers la cour de Sicile, étaient devenus l’objet de son animadversion; il ne doutait pas, si rEmpereui’ déterminait, par un traité, une indemnité convenable, qu’elle ne se ré-

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solùl à déclarer la guerre aux Anglais, à soulever le pays et faire mellre bas les armes aux huit mille hommes de cette nation qui s’y trouvaient: enlin à livrer Messine aux Français. 11 ajouta : « La reine ne peut penser que Tfaupereur reste toujours son ennemi, lui qui vient d’épouser sa petite-fdle. »

11 prenait rengagement de rapporter le plus promptement possible les pouvoirs nécessaires pour conclure rarrangemeni, si Napoléon était disposé à y donner les mains. Qooiipie l’arrivée de cet homme sur un bâtiment de l'État donnât une sorte d’autorité à sa mission, 'comme il était possible qu’il fût un espion envoyé par les Anglais pour voir le nombre des troupes existantes en Illyrie, je défendis toute communication entre lui et les étrangers. Il était possible que l'Empereur voulût tirer parti de ces ouvertures. Je lui en rendis compte, et, eu attendant sa réponse, je retins le voyageur, que je logeai convenablement au château de Laybach, bien traité et gardé avec soin.

Cette mission et ces projets étaient dans le génie • de Caroline, dont la légèreté était aussi grande que la violence. Sa déclaration de guerre aux Anglais ne pouvait être autre chose qu’un massacre, de nouvelles vêpres siciliennes, mais cette fois à notre profit. En réponse à mon rapport, je reçus l’ordre d’envoyer cet homme à Paris. Il monta en chaise de poste et y fut conduit par un officier de gendarme-

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rie. L’Empereur n’eut pas foi à sa mission ; elle était ceppiulant bien réelle. Mis au Temple à son arrivée, il y est resté prisonnier jusqu’à la Restauration.

La preuve de la vérité de sa mission est tout entière dans ce qui se passa quelque temps après à Païenne, l es Anglais, informés des intrigues ourdies contre eux par Caroline, prirent de grandes mesures de sûreté. La première fut d’embarquer cette princesse pour Constantinople et de la renvoyer en Autriche. Tout le inonde peut se rap|ieler ces événements, arrivés au mois de mars, précisément deux mois après le départ d’Amitia pour l'illyrie.

J’avais fait de grands efforts, ainsi qu’on a pu en juger, pour amener les Monténégrins à se mettre sous la protection de la France. Les apparences avaient d'abord paru favorables; mais le temps avait beaucoup diminué les probabilités. Quoique la paix régnât entre eux et nous, on ne pouvait cependant se faire illusion sur les mauvaises dispositions de l’arebevèque et mettre en doute que ces barbares, à la première occasion difficile, nous causeraient des embarras. Je crus devoir profiter du repos dans lequel nous étions pour les détruire ou les soumettre; j’en fis de nouveau la proposition à l’Empereur, et j’en fixai l’exécution au printemps. Cette fois, il l’agréa, et je ])iéparai ce qui

MÉMOIIIËS nu DUC DK RAGUSE.

était nécessaire; mais mon départ de rillyrie eni- ])êcha le projet de se réaliser.

Il existait, dans le régiment d’Ogulin, une horrible maladie, dont les progrès augmentaient chaque jour; elle avait été apportée de Valachie, après la paix de Sistow; le moindre contact suflisait pour la communiquer d'une personne à l’autre. Trois mille individus en étaient a-ttaqués. Je lis disposer tout dans le lazaret de Fiume, pour faire traiter et guérir, en l’isolant, cette, population, qui fut enfin délivrée de l’horrible lléau.

L’emploi de mon temps étant bien réglé, il m’en restait beaucoup que je consacrais à des occupations de mon goût. J’avais fait les frais d’un magnifique cabinet de chimie, où j’avais réuni quelques instruments de physique, nécessaires aux décompositions. Aidé par le pharmacien en chef de l’armée, nommé Paissé, homme d’une grande habileté, je consacrais chaque jour plusieurs heures à diverses expériences, dont l’idée me venait à l’esprit. Frappé du phénomène que produit l’acide sulfurique concentré, quand, mêlé à de l’eau dans une proportion déterminée, il dégage une quantité de calorique très-considérable, et, rélléchissant que la loi de la gravité agissant sur le calorique comme sur tous les autres corps, il doit être pesant, j’eus la pensée qu’on pourrait démontrer cette pesanteur, et la prétention de l'avoir découverte. J’en

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écrivis à Monge, qui me réjiondil qu’il iry oroy.'iil pas.

Mon raisnnuenieul était basé surdos faits: son incrédniité ne m’alarma pas, et je persistai dans ma croyance ; les e.xpérienees réitérées me conlirmaient dans ma conviction. Quand, plus tard, je fus à Paris, je courus chez lui; je vis aussi MM. d(* Laplace et Rertliollet ; ils convinrent que, si le fait était bien constaté, j’aurais fait une grande découverte. On ])i it jour pour aller à l’Ëcole |>olytecb nique, où tout le monde se rendit. M. Gay-Lussac lit l’opération. .le vis, cjans cette circonstance, |)our la première fois, M. dcllumboldt, le célèbre voyageur, que j’ai beaucoup connu depuis. Le résultat contredit toutes mes expériences, et je, fus anéanti. .M. Gay-Lussac me proposa de recommencer, mais je ne voulus pas à la ])résomptiou ajouter l’obstination, et je me tins pour battu, .le raconte ce petit événement, pour montrer combien il est diflicile do bien faire une expérience, et à quel point les apparences sont trompeuses. Il faut une grande habitude, les soins les plus minutieux, et des instruments parfaits, pour observer la nature et découvrir ses secrets. Je me résignai, mais je renonçai, avec une véritable douleur, à un genre de célébrité que j’avais cru méiiter et atteindre.

A])rès avoir passé quelques mois d’hiver à Trieste, les décisions indispensables au bien-être de l’illyrie

MÉMOlUES Dü DUC DE HACUSE.

n’arrivant pas, et le congé que j’avais demandé m’étant accordé, je partis pour Paris. J’étais bien aise d’aller voir la nouvelle cour, contempler cette fille des Césars, nouvellement associée, à nos destinées, et dont la présence vieillissait notre jeune dynastie, eu l’unissant aux plus auciennes et* aux plus illustres familles de l’Europe.

Je partis de Trieste à la fin de février, laissant le commandement des troupes, en lllyrie, au général Delzons, général très-distingué. J’arrivai à Paris dans les premiers jours de mars, dans ce mois qui devait être si fertile en événements politiques, et dans lequel devaient successivement se produire les espérances et les convulsions de l’Empire.

-Uors, époque de joie et de triomphe, tout avait réussi à Napoléon; le monde paraissait avoir des limites trop étroites pour lui, tout était à ses pieds, et ses moindres désirs avaient presque la puissance irrésistible des lois de la nature. Un (ils allait lui naître, et cet enfant, regardé comme le gage de la jiaix et de la tranquillité de la’terre, comme l’arcen-ciel politique de.6 nations, semblait destiné à jiorter sur sa tète cette couronne ombragée par de si nombreux lauriers, et à recevoir le sceptre de l’univers pour héritage. On croyait l’édilice majestueux élevé par tant de travaux à l’abri des tempêtes, et, quoique quelques sunptômes pus.sent alarmer déjà les initiés, on n’avait cei»endant pas encore la jiensée

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