‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 245 sur 267 · LE MARÉCHAL MARMO.NT AU GRAXD-JUGE · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL MARMO.NT AU GRAXD-JUGE

O Carlsiadl, le o se|>lcmbrc

« .le viens de recevoir la nouvelle que M. Paris, président de la cour de cassation, avait été chargé par Votre Excellence de rédiger et de faire connuitre aux députés illyriens un projet d’organisation de la justice dans les provinces illyriennes. Ce pro.

j(H, s'il était adopté, détruirait tout le système de la justice dans la Croatie militaire; et ce changement, comme tous ceux qui pourraient avoir lieu dans l’organisation de cette partie des provinces illyrieunes, devant avoir les conséquences les plus graves, je ne perds pas un moment pour adresser à Votre Excellence les observations qui naissent de la nature même des choses.

c( Le régime de la Croatie militaire est un chefd’œuvre dans toutes ses parties. Je ne saurais trop me répandre en éloges sur la force et la bonté des institutions qui la composent. C’est certainement une. des plus belles choses que les modernes aient faites et qu’il serait fâcheux de voir détruire faute de la connaître. Toutes les parties en sont coordonnées. Guerre, administration, justice, etc., forment un tout (pie le moindre changement doit détruire. Tout a tendu à l’ordre dans ce système, parce qu’il y avait beaucoup d’obstacles à l’établir dans une population mutine et difficile à conduire, parce que l’ordre était la base de toutes les autres institutions. En conséquence, c’est l’autorité militaire qui a d’abord été nécessaire, et elle a dû continuer à régir ce peuple, parc.^ (pi’étant pauvre et ne pouvant donner d’argent le meilleur parti qu’on l>ouvait en tirer était d’en obtenir le plus grand nombre de soldats possible, et qmî, pour cela, il fallait inspirer au plus haut degré, à toute la popu-

UVRR XIV. - CORRESl'ONDAXCE. ‘ 48b lation, l’esprit militaire. Cette population a donc

dù être réorganisée pour la faire marcher d’une manière régulière, et en cela on aura préparé sa prospérité; car des barbares, sans organisation, ne feront que difficilement des progrès dans la civilisation. L’e.\emplc qu’offrent les Morlaques, Dalmatcs, comparés aux Croates leurs voisins, qui, par suilc de leur organisation, sont devenus bien supérieui's à eux, confirment ce précepte. Enfin on a voulu tirer le plus grand parti possible de ce peuple pour le service de l’État, et les effets obtenus sont ici au-dessus de tous les calculs et de toute comparaison.

« Il a fallu cl il faut, pour soutenir un pareil système, concentrer les pouvoirs. Élever plusieurs autorités parmi ce peuple serait le principe de l’anarcbie, parce que son intelligence ne va pas jusqu’à concevoir leurs rapports : obéir et commander, voilà la sphère de sa conception. Mais, si les pouvoirs ont été concentrés, si tout a été soumis aux formes militaires, que de précautions n'a-t-on pas prises pour empêcher les abus de pouvoir! quelles mesures paternelles l’organisation n’a-t-elle pas consacrées ! Aussi, combien sont beaux les résultats, puisque les Croates, qui sont tous voués au service, qui appartiennent sans réserve et se dt^ vouent à l’État, sont heureux, bénissent leur organisation, à un tel point qu’ils abandonneraient leurs

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foyers s’ils se croyaient menacés d’en changer, certains de retrouver en Autriche l’existence qui leur serait refusée par un nouvel ordre de choses.

« Je vais entrer dans quelques détails pour les tribunaux, et je vais vous faire connaître comment se rend la justice. Votre Excellence verra s’il peut y avoir des motifs pour changer de mode, et s’il n’en est pas mille antres pour conserver celui qui existe.

« LesCroates étant très-pauvres, leurs discussions d’intérêt sont de peu de valeur; en conséquence, on a cherché à leur épargner les frais, et on a placé la justice près d’eux. La population est répandue sur une assez grande surface de pays; il a donc fallu multiplier les tribunaux, ou en établir un par compagnie, c’est-à-dire soixante-douze |K)ur les six régiments. Mais quel caractère a ce tribunal? C’est un tril)iinal de famille, un tribunal paternel; c’est enfin un tribunal de conciliation plutôt que de justice. Le capitaine de chaque compagnie, un lieutenant de l'économie, deux sous-officiers nommés à tour de rôle, deux soldats également choisis à des époques déterminées, forment ce qu’on appelle une xrsxioii, (pii s’assemble une fois la semaine. Les Croat(\s de la compagnie viennent y discuter leurs intérêts, et rarement retournent-ils chez eux sans être tous contents. Mais, si l’une des parties en appelle. l’affaire est portée devant le tribunal du ré-

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