LIVRE X. — 1800-1S
un quart seulement se bal avec courage dans les rochei's et résiste; mais cependant la masse occupe toujours plus ou moins, et deviendrait redoutable dans un moment de désordre.
Deux heures après avoir reçu la nouvelle de la sortie des Russes, je me mis en marche.
Je laissai au camp, devant Raguse-Vieux, les hommes malingres ou mal chaussés, et avec eux des officiers et sous-officiers, de manière à en faire une espèce de réserve. Les soldats déposèrent leui-s effets, se chargèrent de vivres et de cartouches, et je me mis en route, dans la nuit du 29 au 50, avec cinq mille neuf cents baïonnettes. J’espérais avoir mon avant-gardeau jour, en arrière d'un rassemblement de douze à quinze cents montagnards placés en deçà du pont de la Liouta. Une pluie survenue et la difficulté des chemins retardèrent mes colonnes, et le jour nous trouva encore à une lieue de l’ennemi. Lorsque nous fûmes en présence, je le fis attaquer par un bataillon de voltigeurs, commandé par le colonel l’ianzone, et composé des compagnies des troisième et (lualrième bataillons, des T)', 2.5' et 79' régiments, et soutenu par un bataillon de grenadiers des mêmes régiments, conduit par le général Lauriston. Le 79' resta en réserve. L’ennemi ne tint pas, et se retira sur de plus grandes hauteurs. Nous l’y joignîmes, et nous découvrîmes distinctement la ligne russe, établie surle col de Débilibrick.
li MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
Je réunis les deux bataillons d’élite sous les ordres du général Laurislon, et lui ordonnai de suivre le plateau situé au dehors des grandes crêtes, de chasser deux ou trois mille paysans (pii y occupaient une position assez forte, et de tourner ainsi celle des Russes. Je le fis soutenir par le 1 T régiment, sous les ordres du général Auhrée. J’ordonnai au 711' d’attaquer de front, et je gardai en léserve le ‘2Ô', sous h\s ordres du général Delzons, et deux bataillons de la garde royale italienne, sous les ordres du général Lecchi. Le 18' régiment d’infanterie légère, lancé d’abord sur les niontagm*s, fut rappelé poursuivre le mouvement, devenir réserve et prendre part au combat du lendemain.
Les troupes se mettaient en mouvement lorsque les Russes disparurent. Les paysans, forcés dans leur position, laissèrent soixante hommes sur la place, et se retirèrent sur une dernière position, |dus forte et plus élevée, que nous ne pûmes atta- (pier faute de jour. Un de mes aides de camp, le capitaine Gayet, cpii servait depuis longtemps avec moi, périt malheureusement ce jour-là, en se rendant à une adonne pour y porter des ordres; il tomba entre les mains des Monténégrins, qui lui coupèrent la tête. Je le regrettai beaucoup.
Le lendemain, 1" octobre, l’ennemi avait disparu de la position où il s’était retiré la veille au soir; le 1 1* l’occupa. Le régiment d'élite suivit la dernière crête
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et arriva au somnietde la montagne, sur la croupe de laquelle Castelnovo est bâti, tandis que le 79' régiment, soutenu par le 23", celui-ci par le 18' léger, et ce dernier par la garde italienne, débouchait dans la vallée. Le régiment d’élite avait à combattre une nuée de paysans précédant un bataillon russe. L’attaque des voltigeurs n’ayant pas réussi, le bataillon de grenadiers marcha, ayant à sa tête le général Launay, et enleva la position. Le H', marchant dans un étage inférieur, eut à combattre deux bataillons russes et une grosse troupe de paysans. Il les aborda franchement; un combat à la baïonnette s’engagea, et plus de ceiit Russes et cent cinquante paysaiis y périrent. Les Russes se retirèrent avec précipitation sur le gros de leurs troupes, qui se trouvaient dans la plaine.
Rendant les événements de la gauche, la tète du 79' régiment était arrivée à l’entrée du bassin de Castelnovo. La vallée, d'abord étroite, s’élargit tout à coup. C’est là que j»lus de quatre mille Russes nous attendaient en bataille. 11 était impossible de prendre une formation régulière sans combattre; il fallait gagner un peu d’espace. Le 79', après s’être réuni, autant que le terrain pouvait le permettre, se précipita sur la ligne russe et la lit rétrograder en partie. Ce régiment entier se trouva en tirailleurs, mais le courage des soldats suppléait à l’empire de la discipline et d’une bonne formation;