‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 57 sur 267 · LIVRE XI. — 180S-18UU · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — 180S-18UU

continuai à profiler du bien qui en résultait pour le gouvernement et le pays.

Il était toujours question d’opérations en Turquie; quelques syinploines autorisaient encore des espérances. Cependant, la situation de l’Espagne prenant trop de gravité, on ne pouvait sérieusement penser à entreprendre une conquête qui pourrait entraîner plus tard d’autres guerres. Mon séjour se prolongerait donc probablement en Dalmatie.

Afin de rendre snp|)ortable la ciirrière agitée et errante que j’ai menée, j’ai toujours eu pour principe de m’arranger dans chaque circonstance comme si je devais passer ma vie dans la situation présente. Cette habitude m’a toujours procuré des jouissances, du bien-être, et m’a préservé de l’ennui. A l’époque dont je parle, j’imaginai de consacrer ma vie à un travail d’étude régulier et journalier.

J’avais constamment avec moi une bibliothèque choisie de six cents volumes; dans les moments de repos, au milieu de mes campagnes, ces livres étaient mes délices et ceux des officiers qui m’entouraient. Je recommençai l’étude de l’histoire, et je lus avec plus de méthode et plus de fruit qu’au- Irefois.

Un ahbé romain, appelé Zelli, homme d’une grande instruction et d’un esprit Irês-rcinarqua-

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MÉMUIIIKS DU DUC DE DAGUSE.

ble, occupait un poste dans l’instruction publi(|uc. Je me liai intimement avec lui, et il me fit un cours J, complet de chimie. Cette science a souvent absorbé mes loisirs, et c’est lui véritablement qui me l'a apprise. Je fis aussi un cours complet d’anatomie. Mon cbiruiffien en chef, Fabre, homme d’un grand talent, qui plus tard m’a sauvé la vie peut-être, mais au moins le bras, voulut bien s’en charger. Knfin une année entière, sauf quelques absences, consacrée à une étude de dix heures par jour, a contribué puissamment au peu que je sais.

L’Empereur, à cette époque, attachait beaucoup de prix à obtenir la soumission des Monténégrins. Nous étions en état de paix et de bonne intelligence, mais ils n’avaient pas renoncé à leur indépendance. L’Empereur, il est vrai, ne leur demandait pas de devenir sujets comme les Dalmates, mais il vonlail d’eux un acte qui leur fit réclamer sa protection.. Cette question délicate, entamée plusieurs fois avec • le vladika, n’aboutit jamais à un succès complet.

Il donnait des espérances, mais ne finissait rien.

II lui fallait du temps, disait-il, pour préparer les esprits; il répondait toujours que, si l’Empereur faisait la guerre aux Turcs, il pouvait compter sur toute la population du Monténégro. Enfin il consulta l’assemblée; l’avis fut d'attendre la réponse aux demandes faites à leur égard à Saint-Pétersbourg. J’envoyai un consul pour résider auprès des Mon-

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téncgrins; je choisis un officier de la légion dalmale appelé Tomich, homme très-intelligent. Mais l’archevêque, tout en l’accueillant avec égards, s’opposa à ce que sa résidence habituelle fût dans le Monténégro, il me demanda de fixer sa demeure à Cattaro; il viendrait le trouver dans son couvent de Czeltin toutes les fois qu’il aurait quelque chose à traiter. Après avoir prodigué ses protestations et dit même qu’il priait pour l’empereur Napoléon et son armée de Dalmatle, il me laissa entrevoir sa répugnance à l’acte qu’on réclamait. Indépendamment des rapports de religion, des habitudes anciennes existant entre lui et la Russie, des bienfaits qu’il en avait reçus, de ceux qu’il pouvait espérer encore, il convenait mieux à sa politique d’avoir pour protecteur un souverain dont les États étaient à trois cents lieues de lui qu’un souverain dont les possessions étaient contiguës avec son territoire. Dans une position comme la sienne, on veut un appui, un bienfaiteur, un patron, le chef d’un système, mais on ne veut pas un maître, et c’est un maître qu’on se donne quand c’est d’un souverain puissant et placé comme l’était Napoléon par rap- ' port au Monténégro qu’on réclame la protection. Les négociations continuèrent jusque bien avant dans l’année 1808; et, dans l’espérance de les mener à bien, je fis préparer pour le vladika de riches cadeaux, entre autres choses un portrait de Napo-

léon piilouré de fort beaux dianianls, et je laissai ébruiter à dessein ces préparatifs; mais tout cela n’aboutit à rien.

Des intrigues autrichiennes et des conseils venus de Pétersbourg vinrent compliquer cette affaire Le ton et les manières de l’archevêque changèrent après l’arrivée d’un courrier venu de Vienne. J’écrivis à l’Empereur pour l’en prévenir et lui dire que, s’il prévoyait une rupture, soit avec les Dusses, soit avec les Autrichiens, il fallait profiter de la paix pour soumettre ce pays par la force. Je lui demandais huit jours et sept à huit mille hommes. De Czettin, le grand couvent de ces cantons, j’aurais fait une forteresse pour dominer tout le pays après la conquête. Pour servir de point de sûreté aux troupes françaises, j’y aurais établi leurs magasins. Alin d’affaiblir la population, j’y aurais levé un fort régiment. Ce régiment, formé en Italie, aurait reçu plus tard une destination plus éloignée; enfln je proposais, à la manière des Domains et de Charlemagne, de transporter hors de son pays une partie de la population, et de l’envoyer, par exemple, posséder et défricher les bruyères du camp de Zeist, autour de la pyramide ; mais aucun de ces divers projets ne convint à l’Empereur.

Une dernière proposition du vladika à l’assemblée générale, de se mettre sous la protection de l’Empereur, fut encore renouvelée, mais seule-

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