‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 58 sur 267 · LIVRE XI. — 1808-1HU · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — 1808-1HU

ment pour la forme et avec mollesse. Combattue par ses amis mêmes, elle fut rejetée à l unanimité. Les rapports de l’archevêque avec Vienne devinrent chaque jour plus fréquents, et ses dispositions pour nous moins favorables. Il fit aussi la paix avec son ennemi éternel, le pacha de Scutari. Celui-ci, de son coté, avait fait quelques armements depuis le massacre d’Antivari, et son refus de donner passage à des troupes françaises j)our Corfou. On parla d’invasion de sa part dans les bouches, avec l'appui des Monténégrins. L’alarme s’en répandit dans la province; mais tout cela était absurde, au moins pour le moment. Je calmai les esprits en envoyant quelques renforts de troupes dans la partie des bouches qui confine au pachalik de Scutari, dans le comté de l'astrovicchio.

J’eus dans le même temps à me mêler d’une petite affaire de la frontière. Un Turc, nommé Iladgi- Bey, possesseur de trente-deux villages, fort dévoué aux intérêts de la France, fut en discussion, les armes à la main, avec ses frères. Pendant une absence, ils se révoltèrent. A son retour, il se mil à la tête de ceux qui lui étaient restés fidèles, et il les combattit. Après diverses chances favorables et contraires, la fortune l’abandonna, et il fut forcé de se réfugier dans son fort d’Utlovo. Il s’y défendait depuis six mois, et il était au moment de se rendre faute de vivres : sa reddition, c’était sa mort; il

invoqua mon secoui-s. Je crus de mon devoir de le sauver. Je ne voulais pas décider eiilre lui et ses frères; mais lui donner les moyens d’attendre la décision du pacha dont il dépendait. Je lui envoyai le général Delaunai avec un bataillon du 79' régiment et un grand convoi de vivres. Le général avait défense de commettre des hostilités contre les ennemis de Hadgi-Bey, s’ils ne s’opposaient pas à sa marche. Tout se passa pacifiquement; ils se retirèrent à notre approche. Iladgi-Bey fut sauvé et bien approvisionné; et le pacha de Bosnie, informé de mes motifs, me remercia. Mais les approvisionnements s’épuisèrent, et il fallut de nouveau venir à son secours. Alors ses frères essayèrent de résister. U fallut revenir encore plus tard. Je ne pouvais pas laisser périr un homme dont j’avais soutenu les intérêts avec tant de constance, car on s’attache pins par les bienfaits accordés que par les services reçus; en agissant ainsi, on défend son propre ouvrage. Cette fois, je chargcai.de l’opération le général Clausel, avec un détachement considérable et l’autorisation de négocier un arrangement convenable pour assurer la paix de cette famille. Il y parvint, et la tranquillité fut rétablie sur cette frontière. Je sollicitai le titre de pacha à deux queues auprès de la Porte, pour Hadgi-Bey. Il fut promis sur-le-champ et donné quelque temps après. L’existence de Hadgi-Bey et de tous les seigneurs

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