LIVRE XL
aussi difficile de m’y soutenir que fâcheux de revenir sur mes pas. Mon mouvement devait être fait avec vigueur et décision; mais, vu la faiblesse de mon corpsd’armée, ce ne pouvait être qu’un mouvement secondaire et subordonné à ceux de l’armée d’Italie.
La Zermagna sépare la Croatie de la Dalmatie. La grande route, qui traverse la Croatie, aboutit à la liante Zermagna. Par là seulement pouvait agir un corps d’armée. Mais, dans cette situation, tous les corps ennemis, qui étaient placés sur la basse Zermagna, étant maîtres de la franchir, menaçaient la communication de l’armée avec Zara. Afin de la couvrir, je donnai ordre de couler tous les bateaux de la partie inférieure de la rivière, et de rompre les ponts situés dans le reste de son cours.
J’envoyai de ce côté le général Soyez, avec sa brigade, tandis que la masse de mes troupes se portait en avant de Knim. L’ennemi, profitant des gués de la partie supérieure, se présenta en forces. Le général Soyez le repoussa; mais, le voyant s'accroître devant lui, il crut prudent de se rapprocher de moi. J’arrivai sur ces entrefaites à son secours avec une brigade. Je donnai l’ordre au colonel Cazeaux et au chef de bataillon Jardet, du 18', de culbuter ce qu'ils avaient devant eux et de poursuivre l’ennemi jusque dans Obrovatz, l’épée dans les reins. Cet ordre ne fut que trop ponctuellement exécuté : tout céda, tout plia devant le bataillon com-
mandé par Jardot; quatre cents hommes furent tués, blessés on pris. Mais, cet officier s’étant précipité, avec la tète de son bataillon, jusque dans
Obrovatz même, situé au pied de l’escarpement, le feu vif des Autrichiens, placés sur les rochers de la rive opposée, fut si meurtrier, que la queue du bataillon ne put pas suivre la tète. Celle-ci, mêlée avec les Croates, était descendue jusque dans la ville. Remonter en plein jour, c’était impossible à cette fraction de troupes. Comme la brigade placée en arrière n'attendait que le retour du bataillon pour avancer, .lardet crut bien faire de lui envoyer l’ordre de faire son mouvement sur-le-champ, tandis qu’il attendrait la nuit pour le rejoindre avec les soixante ou quatre-vingts hommes qu’il avait près de lui. Le bataillon arriva; mais, après son départ, les Croates, dispei'sés dans les montagnes, revinrent et firent prisonniers .lardet et son détachement. Cet officier, de la plus haute distinction et fait pour arriver à tout, en qui j’avais une confiance sans bornes, me fut, heureusement, bientôt rendu par un échange. Je le pris près de moi : devenu mon premier aide de camp, il fut tué à la bataille de Lutzen, quatre ans après.
L’ennemi avait réuni ses troupes sur le mont Kitta, appuyé à la Zermagna et couvert par un de ses affluents. Cette position était retranchée, et il avait ses réserves placées dans le fond de la vallée