‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 64 sur 267 · LIVRE XI. - I80S-1S09. n · texte numérisé non relu

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et près de la grande route qui conduit à Gradschatz. Une forte avant-garde de cinq à six mille hommes occupait le plateau de Bender; en avant de la position défensive, trois bataillons, deux deSluin et un d’Ottochaz, formaient une première ligne assez mal soutenue. Le 1" mai, je la fis attaquer par les voltigeurs du K' et un bataillon du 11*, pour m’approcher davantage de la masse des forces ennemies et juger de sa position, en faisant rentrer ainsi tout ce qui en était détaché. Culbuter cette ligne fut l’affaire d’un momenl;'on la jeta en partie dans un ravin, et on lui tua beaucoup de monde. Une réserve d’environ mille hommes vint a son secours et partagea sa défaite. Je fus à même de juger la manière dont l’ennemi était établi et d’apprécier la force de sa position. II était trop lard pour continuer l’action, et je remis au lendemain à l’attaquer.

Pendant la nuit, une pluie épouvantable, un vrai déluge, comme on en voit dans le Midi, vint gonfler les rivières. Il n’était plus possible de tenter l’attaque projetée. La Zermagna seule présentait un obstacle insurmontable. 11 fallait attendre que ses eaux fussent écoulées. Mais, le soir du 2 mai, une lettre du vice-roi, qu’un aviso avait apportée à Zara, me parvint. Il m’annonçait le mauvais début de la campagne en Italie, sa retraite sur la Piave et peut-être sur l’.Vdige, par suite de la perte de la bataille de Sacile. 11 était très-heureux pour moi que

CCS importantes nouvelles me fussent arrivées avant d’avoir livré un grand combat, dès lors sans objet. Je me décidai à me relirer le lendemain, à me rapprocher de mes ressources et de mes vivres, et je revins à IJenkovatz, où j’établis mon quartier général. Le bataillon de Pandours, organisé pour l’escorte des subsistances, se livra à quelques désordres, qui furent promptement punis. Cette sévérité en prévint de nouveaux.

Des montagnes de la Croatie étaient descendues des bandes qui couraient an milieu des CHintonnements et désolaient le j)ays entre la Zermagna et la Kerka. Je profitai de ce moment de repos pour leur donner la cbasse et pour en purger le territoire.

Les succès des Autrichiens obtenus au commencement de la campagne en Italie, la conquête du Frioul et le gain de la bataille de Sacile avaient donné une grande confiance à l’archiduc Jean. II m’écrivit pour me proposer d’évacuer la Dalmatie, motivant sa lettre sur l’impossibilité d'être secouru et mon entier isolement. Il m’accorderait, ajoutaitil, les meilleures conditions, en raison de la réputation de mes troupes et par considération pour moi. Je crus qu’il était au-dessous de moi de répondre à cette lettre.

Le II mai, je reçus une lettre du vice-roi, accompagnée des bulletins de la grande armée, annonçant le succès de Hatisbonne et la marche de

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Napoléon sur Vienne. Par suite de ce mouvement, le vice-roi allait reprendre l’offensive et marcher sur le Frioul. Ses succès cette fois ne pouvaient pas être incertains, et j’étais sûr, en marchant moimême, de le rencontrer. Je résolus de ne pas attendre un moment pour agir, et, dès le surlendemain, 13, j’entrai en opération.

Je laissai la division Montrichard en observation devant le grand débouché de la Zermagna, et je la plaçai de manière à pouvoir en même temps soutenir au besoin, par un détachement, la division Clausel. Je dirigeai celle-ci immédiatement sur les positions que j’avais reconnues quinze jours avant, et au pied desquelles nous avions déjà combattu. L’ennemi avait laissé environ quatre à cinq mille liommes sur la basse Zermagna. Iâ} masse de ses troupes était divisée en deux portions : l’une tenait en forces le mont Kitta, clef de la position; l’autre était dans la vallée avec toute son artillerie et sa cavalerie. Ses dispositions étaient tout à la fois offensives et défensives. Si nous avions éprouvé un échec au mont Kitta, la colonne de la vallée aurait débouché avec tous ses moyens organisés, tandis que le corps placé du côté d’Évernich, dans les montagnes bornant la basse Zermagna, serait descendu, aurait passé cette rivière et coupé ma communication avec Zara. Ce plan était bien conçu, et, si un revers complet dans notre attaque eût été

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suivi de ce mouvement, notre position serait devenue embarrassante; nous ne pouvions plus de longtemps penser à déboucher.

Le mont Kitta oiïre une magnifique position. Son développement est assez grand, et plusieurs pitons forment comme autant de redoutes. Son pied est couvert et défendu par un affluent de la Zermagna, qui, ce jour-là, était heureusement giiéable.

Deux régiments de la division Clausel, le 8' léger et le 23', furent chargés d’enlever la position. Elle fut emportée après une vive résistance. Je m’y rendis aussitôt, et j’appelai à moi le H” et le régiment de chasseurs à cheval, monté sur des chevaux bosniaques. Le 8' s'étant abandonné à la poursuite des troupes battues qui se retiraient par les hauteui-s, le 25' suivit. Je le fis arrêter, et je renforçai la position avec le 11", placé sur le revers et caché de manière à ne pas être aperçu.

Le général Stoisevich vil, de la vallée où il était, l’événement arrivé aux troupes du mont Kitta; il savait le prix de sa possession, soit qu’il se bornât à la défensive, soit qu’il se décidât à essayer de l’offensive; aussi voulut-il le reprendre et profiler du moment où, par l’entrainement du succès, les troupes victorieuses s’éloigneraient du lieu où elles avaient vaincu, sans avoir assuré suffisamment sa conservation. Ayant mis en mouvement immédiatement au moins quatre mille hommes du corps (te

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