‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 3)Chapitre 71 sur 267 · IJ VUE XI. — IS08-IS · texte numérisé non relu

IJ VUE XI. — IS08-IS

l.'iô

Les hommes légèrement blessés à la partie supérieure du corps continuèrent la route à pied. Ceux plus maltraités, qui ne pouvaient pas marcher, mais qui pouvaient monter à cheval, furent placés sur des chevaux de bât, dont les charges de vivres ou de munitions avaient été consommées . quant aux autres blessés, on les plaça sur des brancards, portés par les prisonniers qui se relayaient à tour de rôle. Aucun blessé, excepté ceux en très-petit nombre dont le transport, de quelque manière qu’il fût exécuté, eût occasionné la mort, ne fut abandonné; ils suivirent l’armée, et furent déposés dans les hôpitaux de Fiume à leur arrivée dans cette ville.

Le 2i, je continuai mon mouvement sur üttochatz, et, le 25, nous arrivâmes devant cotte ville. Elle est environnée d’eau et de marais, et la route la traverse. Les ponts étant coupés, l’arrière-garde ennemie y était encore. Une communication praticablcdonnait les moyens de la tourner par la droite. L’ennemi, qui le savait, plaça un corps de troupes appuyé aux marais et aux montagnes pour barrer cette communication. Je le fis attaquer par le général Delzons avec les 8' et 25*. L’ennemi fut battu et culbuté, mais le général Delzons fut blessé.

Arrivé sur les hauteurs d’où on apercevait la grande route, nous vîmes sept à huit mille hommes avec l’artillerie et les bagages. Le général Montri-

chard avait l’ordro do stiivro mon mouveinenl : s’il fiit arrivé sans retard, comme il l’aurait dû, nous serions descendus des montagnes et nous aurions achevé la destruction de ce corps d’armée; mais je n’osai me commettre avec aussi peu de forces. Ce malheureux Montrichard ne pouvait jamais marcher ni rien terminer : sans un seul ennemi devant lui, et couvert par des lacs et des marais, il

avait perdu son temps à manœuvrer. Sans son incroyable incapacité, un brillant succès aurait terminé cette campagne d’une manière éclatante.

Arrivé à l’embranchement des routes de Croatie et de Fiunie, l’armée ennemie se dirigea sur Carlstadt et alla rejoindre le général Ciulay, auquel j’eus plus tard affaire en Slyrie. .le me dirigeai par Segna sur Fiume et Laibach. De ce moment nous n’eûmes plus d’ennemis en présence. En quatorze jours d’opérations, j’avais livré une bataille et trois combats; l’ennemi était affaibli de six à sept mille hommes tués, blessés ou pris, et j’avais prouvé que mes soldats étaient aussi vaillants et aussi braves qu’instruits et vigoureux.

Cette petite armée, prise dans les hôpitaux, et, si j’ose le dire, dans les charniers de la Dalniatic, était devenue une troupe d’élite. C’est avec cette réputation que, plus lard, elle vint prendre place dans les rangs de la grande armée à Wagram. Au surplus, je puis, sans m’écarter de la vérité, dire

Page 1