‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 10 sur 166 · LIVRE XVI. - 1813 . I · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. - 1813 . I

Le maréchal Ney, ayant été voir l’Empereur à Lutzen, celui-ci l’engagea à l’accompagner à Leipzig. ÏÆ maréchal, averti pendant la route, par le bruit du canon, de ce qui se passait à son corps d’armée, y retourna en toute hâte. Il le trouva aux prises avec l'ennemi depuis deux heures environ, et ayant déjà perdu Grossgorschcn, Kleingrossgorschen et Kaia. L'Empereur, appelé par les mêmes motifs, suivit Ney de près, mais après avoir envoyé l’ordre au duc de Tarente de se porter, à marches forcées, sur ce point, et de se placer à la gauche du troisième corps.

L’ennemi sentait l’importance de proOter de notre faiblesse pour envelopper le troisième corps; mais il ne pouvait y réussir qu’après m’avoir forcé moi-môme à reculer. Il réunit donc de grandes forces contre moi; il dirigea le feu de plus de cent cinquante pièces de canon contre mon seul corps d’armée.

Mes troupes supportèrent ce feu terrible avec un grand calme et avec un remarquable courage. Les soldats de la division Compans surtout, plus exposés que les autres, furent dignes d’admiration. Les rangs s’éclaircissaient à chaque instant, mais se reformaient de nouveau, sans incertitude, et personne ne songeait à s’éloigner. — Les braves canonniers de la marine, accoutumés particulièrc-

■il) MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

mont à des combats de mer, où l’artillerie joue le principal et presque l’unique rôle, semblaient être dans leur élément. Immédiatement après ce feu terrible, la cavalerie ennemie s'ébranla, et fit une rharge vigoureuse, principalement dirigée contre le I" régiment d’artillerie de la marine. Ce régiment, commandé par le colonel Esmond, montra ce que peut une bonne infanterie, et l’ennemi vint échouer contre ses baïonnettes. D’autres charges furent renouvelées, mais inutilement et sans succès.

L’infanterie ennemie se disposa à venir prendre part au combat, et de nouvelles forces en artillerie et en cavalerie furent ajoutées aux premières. Un nouvel effort pouvant être tenté et devenir décisif, je inc décidai à prendre une meilleure position défensive. Je portai mes troupes un jieu en arrière, de manière à les masquer en partie et à les mettre, le mieux possible, à même de soutenir le village de Starficld. Toute la division Compans fut mise dans ce village et chargée de le défendre. Les manœuvres de l’ennemi, afin de s’étendre sur ma droite, ren- «laient cette disposition encore plus nécessaire pour empêcher qu’il ne passât entre la tête du ravin et le village. En outre, je plaçai en deçà et sur le bord du ravin une partie de ma troisième division, ce qui suffit pour compléter la sûreté de mon flanc. Le

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