‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 9 sur 166 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

assurée, et je couvrais ainsi la portion des troupes qui avait marché sur Leipzig. C’est peut-être à cette combinaison sage que nous avons dû un succès brillant à la place d’une catastrophe.

Après avoir passé le ravin de Ripach, et avoir formé mes troupes en six carrés qui marchaient en échiquier, je me mis en marche en suivant la rive droite, et me portant ainsi sur Starfield.

A peine approchions-nous de ce village que nous vîmes se former, sur les hauteurs qui le dominent, des masses considérables de cavalerie ennemie, soutenues par une nombreuse artillerie, et, en même temps, nous entendîmes le canon dans la direction de Kaia et de Grossgorschen. La division Gérard, du troisième corps, campée à peu de distance sur la rive, gauche, et un peu en arrière de Starfield, venait d’être surprise par l'ennemi. Elle prenait les armes dans une grande confusion. Son artillerie se trouvait sans attelages, ses chevaux ayant été inconsidérément aux fourrages. Cette division eût couru de grands risques si je fusse arrivé quelques minutes plus tard; mais je hâtai ma marche, et je m’empressai de me porter en avant pour la couvrir et lui donner le temps de s’organiser. — Les forces que l’ennemi nous montrait étaient imposantes; mais, ne voyant encore que de la cavalerie, elles ne me parurent cependant pas assez redoutables pour

is mLmoihes du duc de «aguse.

m’eiiipôchci- do roiiiplir mes instructions. En conséquence, je me décidai à les aborder sans perdre un seul moment, afin de juger en quoi elles consistaient au juste. Afin d’étre à l’abri de tout événement fàclieux si j’avais affaire à trop forte partie, je fis occuper en force le village de Starlield, destiné ainsi à me servir de point d’appui. Je portai en avant du village, et un peu sur la gauche, la division Compans; et, en échelons plus à la gauche encore, la division Bonnet. Les troupes, soutenues par le feu de ma nombreuse artillerie, se mirent à marcher en avant et au pas accéléré. Cette charge s’exécuta avec vigueur et promptitude; mais, les forces de l’ennemi augmentant avec rapidité, je vis bientôt qu’une grande bataille allait être livrée. Aloi's j’arrêtai mon mouvement, qui, en m’éloignant de mon point de résistance et de sûreté, aurait infailliblement occasionné ma perte. Je maintins toutefois mon attitude offensive, afin de partager l’attention de l’ennemi et de l’empêcher d’écraser les troupes du troisième corps, qui combattaient à Kaia et à Kleingrossgorschen. L’ennemi avait dirigé contre elles la majeure partie- de ses forces, et spécialement beaucoup d’infanterie. La division Gérard les ayant rejointes, tout le troisième corps se trouvait engagé; mais ma position sur sa droite réduisait à son front le terrain qu’il avait à défendre.

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