LIVRE XVIII
de l’armée française au maréchal duc de Tarente. Cette armée, diminuée du sixième corps que Napoléon emmenait avec lui, l'estait composée des troisième, cinquième et onzième corps d’armée, et du deuxième corps de cavalerie. Elle s’élevait à quatre-vingt mille hommes environ. Réunis autour de Goldsberg, les troisième et cinquième corps étaient en avant de cette ville; le onzième, et la cavalerie du général Sébastian!, en arrière.
Le général Rlûcher se décida à reprendre surle-champ l’offensive, et, dès le 25, il mit ses colonnes en mouvement. Le corps de Langeron fut dirigé sur Goldsberg pour observer l’armée française; celui de York resta à Jauer, et celui du général Sacken marcha sur Malitsch, dans la direction de Liegnilz. De son côté, le duc de Tarente, résolu d’attaquer l’ennemi qu’il supposait toujours réuni à Jauer, mit en marche scs corps d’armée de la manière suivante : le cinquième corps eut l’ordre de se porter en avant par Ilennersdorf, à l’exception de la division Puthod, qui reçut celui de marcher sur Schôiiau, et de là sur Jauer. Le troisième corps dut passer la Katzbach, près de Liegnitz, et suivre la grande route par Neudorf et Malitsch. Le onzième corps eut pour instruction de passer au gué de Schmogwitz et de remonter la rive droite de la Wüthende-N’eissc par Brechelshof. Enfin la cava-
lerie de Sébasliani reçut l’ordre de passer par Kroitsch et Nieder-Crayn, en suivant la rive gauche de la Wülhende-Neisse.
Tous ces mouvements eurent lieu le 2fi. Or, ce jour-là même, l’armêc de Blüclier conlinuait son mouvement offensif. Sacken cl York devaient passer la Katzbach au-dessus de l-ieguitz, et attaquer ainsi la gauche de l’armée français? eu la tournant. Une pluie épouvantable, qui tombait depuis plusieurs jours, avait grossi les rivières et les ruisseaux, et en avait fait déborder plusieurs. Enfin le temps était obscur et les mouvements incertains. Le onzième corps, après avoir passé la Katzbach, se trouva inopinément en face des corps de Sacken, marchant dans la direction de Eichholtz, et de York, occupant les hauteurs de Bellwitzhof. Le corps de Langeron était attaqué, de son côté, par le cinquième corps, qui débouchait de Goldsberg. En ce moment, le troisième corps, ayant reçu ses ordres de mouvement trop tard, se trouvait en arrière. Voulant réparer le temps perdu, il se dirigea sur le gué de Kroitsch pour y passer la rivière; mais sa marche se trouva contrariée par le mouvement de la cavalerie, dont la direction croisait la sienne, et il y eut un grand encombrement et une grande lenteur dans le mouvement, causé par cette rencontre au village de Kroitsch. La gauche du onzième
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corps, se trouvant ainsi sans appui, l’ennemi se liàta de la tourner par une nombreuse cavalerie. Klle fut ainsi vivement pressée, tandis que la division llorn, la division du prince de Mecklembourg du corps de York, et la division de Ilunneberg, en face de Schlaupe, observaient l’autre rive de la Wüthende-Neisse. La gauche du onzième corps ne put être que faiblement soutenue par la cavalerie, qui, d’abord arrêtée, ainsi que je l’ai dit, par la rencontre du troisième corps, et ensuite par le défilé de N'ieder-Crayn, où tout se trouvait pêle-mêle, arrivait seulement par détachement et ne pouvait agir que par des efforts partiels et impuissants. A la nuit, le onzième corps fut obligé de céder à la fois de tous les côtés. Une seule division du troisième corps avait pu entrer en ligne. 11 se trouva ainsi que le duc de Tarente n’avait opposé que trente-deux mille combattants à l’ennemi, qui lui en avait présenté plus de cinquante mille. Une division du troisième corps, débouchant par Nieder-Crayn. voulut arrêter la poursuite; mais elle fut culbutée par les Prussiens, qui s’emparèrent du défilé, prirent le parc d’artillerie du onzième corps et tous ses bagages.
Le duc de Tarente, n’ayant d’autre retraite que sur la Katzbach, et le gué de Schmogwitz, fit rétrograder les deux divisions du troisième corps qui n’avaient pu entrer en ligne. Elles passèrent ce gué
et gravirent les hauteurs au pied desquelles coule la Katzbach, pendant que le onzième corps, acculé à la rivière, soutenait un combat inégal.
Pendant la nuit, tout le reste de l’armée repassa la Katzbach. La gauche se rallia à Liegnitz et se retira sur Bunlzlau. Le cinquième corps, attaqué le 27 devant Goldsberg par le corps de Langeron, fut forcé à la retraite. Dépourvu de cavalerie pour protéger son mouvement, il perdit dix-huit pièces de canon. Il arriva le soir à la hauteur de Lowenberg. Le 28, il repassa le Boberà Buntzlau avec les troisième et onzième corps. Les pluies avaient tellement enflé cette rivière, que ce point était le seul où il fut possible de la franchir.
Dans les dispositions offensives faites par le duc de Tarente, la division Puthod, du cinquième corps, avait été dirigée, comme nous l’avons vu, sur Schonau, d’où elle devait marcher sur Jauer pour se réunir à l’armée. Elle se trouvait à Molkau pendant la bataille de la Katzbach. Quelque diligence qu’elle fit, elle ne put arriver a temps pour se réunir à son corps d’armée à Goldsberg, et, celui-ci forcé à la retraite, elle se trouva abandonnée. Le général Puthod se retira sur Hirschberg; mais, le pont étant rompu, et le Bober trop fort pour qu’on pùt le rétablir, il descendit la rivière et arriva à Lowenberg le 29. 11 y fit des efforts inutiles pour rétablir le