‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 123 sur 166 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

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Un pareil ordre, dans des circonstances semblables, devait être promptement exécuté, .le ne pouvais m’y tromper : l’Empereur était tombé dans une erreur grossière; mais du moment où il ne m’envoyait pas le troisième corps, indispensable à cause de l’étendue de la position à défendre, je di> vaisbien me garder d’y rester. D’ailleurs, les ordres étaient précis; et, à moins que les coups de canon ne viennent contrarier l’exécution d’un ordre de mouvement, il n’y a plus d’armée ni de succès possible quand on délibère à cette occasion et quand on hésite à l’exécuter.

Grâce à la bonne organisation de mes troupes, à leur instruction et à leur discipline, une demiheure après l’ordre reçu, elles étaient formées en six colonnes parallèles, et en marche pour se ren-

[irisonniers le 13, écl njijx'îs ul anivi's j)ri'S de moi le 15, l'apiiorl que j’avais fait connaître h l Empereur.

Son arrivée était preiivce par la présence de rinfanteric, devant laquelle ine.s avant- |«'stes s’étaient repliés.

Elle l’i’lait emoro par la vue des feux de toute l’armée, qui s’apercevaient du clocher de Licliciitlial, et dont j’avais rendu compte à neuf heures du soir.

Et, ave.; ces documents, ^

On donne l’onlro, le 16 au matin, au gémoal Bertrand de m.ircher sur Linden. lu ;

Au troisii'ine corps, de venir h la gnnde armée;

Et au sixième, de. traverser Leipiig et de s’établir entre I eipvig et la gr.inde armée!

Napolcoo ne regardait aloi'S comme vrai que ce qui entrait dans «es combiiiaisons et son esprit.

(loir les pièces juslififiilh'es.)

dre à Leipzig. Mais, à peine le mouvement commencé, l’ennemi déboucha sur nous. Une forte avant-garde occupait le village de Iladfeld. Elle était commandée par un général d’une grande valeur et d’une'grande capacité, homme d’un nom militaire illustre, le général Cohorn. Elle fut forcée à se retirer; mais elle le fil avec lenteur et en bon ordre. Une brigade de cavalerie légère wurlembergeoise, faisant partie de mon corps d’armée et qui se trouvait à l’avant-garde, se conduisit aussi avec valeur et courage. C’était le dernier mouvement d’honneur et de fidélité du général Normam, et de ses soldats. Quelques heures plus tard, ils nous furent funestesau lieu de nous être utiles. La deuxième division, commandée par le général Lagrange, resta en arrière pour soutenir l’arrière-garde et la recueillir. Quand tout fut en ordre et convenablement disposé, le mouvement continua sur Leipzig en échangeant à chaque moment des coups de canon avec l’ennemi.

l/opinion de Napoléon n’était plus susceptible de discussion. L’ennemi était là, nous étions aux prises avec lui. C’était toute l’armée de Silésie qui était en présence et avec laquelle nous avions affaire. Nous ne jwuvions plus aller sur le champ de bataille au sud de Leipzig. Entrer môme à Leipzig, et nous former derrière la Parlha était chose pé-

LIVUE XMIl.

rilleuse. Passer un délilé comme celui que nous avions devant nous, défilé soumis à l’action des hauteurs qui le dominent immédiatement, pouvait produire une grande confusion, et amener une catastrophe. Le général Bertrand, ayant reçu l’ordre de balayer l’ennemi sur les derrières de l’armée et d’ouvrir, le débouché de Lindenau, s’était mis en marche immédiatement pour l’c-xécutor. Mais le troisième corps pouvait être encore à Leipzig, et à portée de me soutenir. J’avais reconnu une position, moins bonne que celle de Liebenihal, mais plus resserrée et plus rapprochée de la ville, celle dont la droite est à Eustrilz et la gauche à Meckern. J’envoyai un officier auprès, du maréchal Ney, qui était à Leipzig et auquel l’Empereur avait donné le commandement' supérieur, pour savoir si le troisième corps s’y trouvait encore. Il me fit répondre affirmativement et dire que je pouvais en disposer. Je n’hésitai plus à m’arrêter, à prendre position et à livrer bataille. J’arrêtai mes colonnes sur le plateau et je formai ma ligne de bataille. L’attaque de l’ennemi ne pouvait venir que par notre gauche. Notre droite était en arrière, appuyée et couverte par une petite division polonaise, commandée par le général Donibrowsky, et qui, placée de l’autre cèté du ruisseau marécageux et encaissé qui coule à Eustritz,

‘.'Xi MÈMOIÜKS DU DUC DE KACU.SE.

pmiiiil ainsi, do revers, la yauche de rennerni. le devais donç conclure que ce serait sur ma gauche et sur Meckern que rennerni se porterait. En conséquence, je fis faire un changement de front oblique, par brigade, la droite eu avant, ce qui forma mon corps d’armée en six lignes, présentant ainsi de nombreuses réserves. Meckern fut confié an ‘2' régiment de marine. Toute mon artillerie fut placée sur le point le plus élevé de la ligne occupée par mon corps d’armée. Mes quatre-vingt-quatre pièa's de canon furent disposées pour arrêter l’ennemi. Douze pièces de douze, entre autres, avaient pour objet de (lanquer, d’une manière avancée, la droite du village de Meckern.

li’ennemi attaqua, avec impétuosité, le village de Meckern, et fit soutenir celte attaque par le feu d’une nombreuse artillerie qui se développa en face de mon front. Mais tous ses efforts furent longtemps impuissants. Après des attaques réitérées sur le village, une partie fut évacuée, mais bienlét reprise par le môme régiment qui le défendait et qui fut ramené à la charge. Culbutés de nouveau, le i” de marine et le 37' léger furent successivement portés sur Mackern, où semblait être toute la bataille. Ils le reprirent et le conservèrent longtemps, ainsi qu’on devait l’attendre d’aussi bonnes troupes, malgré les efforts constants de l’ennemi et

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les troupes fraîches qui renouvelaient les attaques. Eu ce moment, j’éprouvais une vive impatience de l’arrivée du troisième corps que le maréchal Ncy m’avait annoncé. S’il se fût trouvé à ma disposition, comme j’étais autorisé à y compter, il eût débouché par ma droite, et un mouvement offensif sur la gauche de l'ennemi aurait assuré le gain de la bataille, c’est-à-dire la conservation de notre position pendant toute la journée.

11 y avait plus de quatre heures f|ue nous conihaltions avec acharnement. L’ennemi avait fait des pertes énormes par la supériorité du feu de notre artillerie, et son action foudroyante sur ses masses, quand il exécuta une nouvelle charge. Elle avait échoue comme les précédentes et produit un grand désordre parmi ses troupes. Je donnai l’ordre, à la brigade de cavalerie wurtombergeoise, commandée par le général Normam, de charger cette infanterie présentant à la vue la plus grande confusion. Elle refusa d’abord d’exécuter mes ordres, et, le moment passé, il n’y avait plus rien à entreprendre de bien utile. A l’arrivée d’un second ordre, elle s’ébranla cependant; mais elle se jeta sur un bataillon du 1" régiment de marine, le culbuta au lieu de se précipiter sur l'ennemi qui se rétablit et recommeni^a son offensive.

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Cependant les choses continuaient à se balancer, malgré la disproportion des forces, lorsqu’au moment d’une nouvelle attaque de l’ennemi la batterie de douze, dont l’effet était si favorable et si puissant, fut tout à coup mise hors de service, un obus ayant fait sauter quatre caissons. Des caissons d'obus sautèrent aussi. Les obus éclalèrent, et précisément au moment où l'ennemi faisait tine charge décisive. Cet accident eut des conséquences funestes. L’ennemi, ayant réussi dans son attaque à emporter le village de Mackern, lit avancer son centre. Celui-ci fut bientôt aux mains avec la première division. Le combat prit alors un nouveau caractère. Nos masses et celles de l’ennemi furent si rapprochées les unes des autres, et pendant si longtemps, que jamais chose pareille ne s’était offerte à mes yeux. Je pris avec mbi les 20' et 25' provisoires, commandés par les colonels Maury etDrouhot, et je les menai à la charge. Bientôt moins de cent cinquante pas nous séparèrent de l’ennemi. Arrivés à cette distance, nous rétrogradâmes; mais, après avoir fait quelques pas, nous nous arrêtâmes, et fîmes, à notre tour, rétrograder l’ennemi. Cet état de choses dura près d’une demi-heure. Alors le 1" régiment d’artillerie de la marine, placé à ma droite, engagé également de très-près avec l’ennemi, vint à plier. Le .52' léger

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