‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 124 sur 166 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

se porta en avant, et arrêta momentanément l’ennemi ; mais, en ce moment, six mille chevaux vinrent nous envelopper et nous attaquer de toute part. Il fallut se retirer sur la troisième division, qui avait peu combattu, et dont les échelons nous recueillirent et arrêtèrent la poursuite. La nuit arriva et mit fin à ce combat, un des plus chauds, un des plus opiniâtres qui aient jamais été livrés. Les troupes y montrèrent la plus grande valeur. Si les Wurtemburgeois avaient fait leur devoir, un succès complet aurait été le prix de nos efforts. Indépendamment de la conservation de tout le champ de bataille, nous aurions fait bon nombre de prisonniers. Malgré tous lescontre-tcinps survenus, nous perdîmes seulement la moitié du terrain sur lequel nos troupes étaient formées. Nous eûmes fort peu de soldats prisonniers; mais vingt-sept pièces de canon tombèrent au pouvoir de l’eunemi. Blessé à la main gauche, d’une balle, au moment où je menais les 20' et 2.5' régiments à la charge. Je ne quittai le champ de bataille que le dernier. Je ne fus pansé qu’à dix heures du soir.

Dans cette bataille, le corps de York, fort de vingtdeux mille hommes, fut engagé en entier, et presque tous les généraux ou officiers supérieurs furent tués ou blessés, tant ils avaient dû payer de leur personne pour contenir leui's troupes et se maintenir

MKMüinES nu DUC DE HAGUSK.

contre la vivacité de nos attaques ou l’énergie de notre défense. Le corps de Laugeron fut en partie engagé. Notre champ de bataille fut le plus ensanglanté dans cette mémorable journée, le lieu où l’action fut la plus vive. J’ai ouï dire à divers officiers prussiens, et, entre autres, à M. de Goltz, adjudant général envoyé par le roi de l’russe auprès de Blücher, le même qui, depuis, a été ministre de l’russc à Paris, (pi’après l’évacuation de Leipzig les souverains alliés, ayant été visiter tous les champs de bataille, furent frappés de la physionomie de celui-ci, du nombre des morts, et surtout de la proximité des morts des deux armées.

La nuit étant arrivée, mes troupes prirent position à Eustritzet Gohlis. Le lendemain matin, elles ri'passèrent la Partba et s’établirent sur la rive gauche de cette rivière.

J’avais dû compter sur le troisième corps d’armée; mais le maréchal Ney en avait disposé par l'ordre de l’Empereur, et l’avait dirigé sur la grande armée. Napoléon, informé de mon engagement, lui envoya l’ordre de rétrograder, mais déjà il était près de lui. Il se mit cependant en mouvement pour revenir, sans pouvoir arriver à temps pour nous secourir; et, pendant cette journée décisive, ayant toujours marché d’une armée à l'autre, il ne fut utile nulle part.

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Napoléon; de son côté, avait combattu avec les deuxième, cinquième, huitième, onzième corps et sa garde. Il avait gardé ses positions, mais n’avait pas pu enlever celles de l’ennemi. Je n’entrerai pas dans le détail de ce qui se passa de ce côté. Ce n’est pas l’histoire complète de la guerre que j’écris, mais seulement le réçit des événements qui me sont particulièrement personnels. Divers écrivains militaires ont fait des relations de la bataille de Leipzig. Je les ai lues. La plus exacte, celle qui se rapproche davantage de la vérité pour les faits, malgré le thème convenu de mettre Napoléon à l’abri de tout reproche, est celle que contient le Sficdah ur nûliluire, et dont le général Pelet est l’auteur.

Mon corps d’armée perdit de six à sept mille hommes. Le seul corps de York, d’après les relations ofücielles, dont les évaluations sont probablement fort inférieures à la vérité, éprouva une perte de cinq mille quatre cent soixante-sept hommes.

Pendant cette double bataille, le quatrième corps, («minandé par le général Bertrand, avait passé l’Ëlster. s’était emparé de Lindenau, et avait éloigné le corps de Giulay, qui occupait la plaine de Markranstadtetde Lutzen. Cette bataille du IG décidait la question de la possession de l’Allemagne. C’est pour y commander que nous avions combattu ce jour-là. C’est pour l’affranchir de notre domina-

MÉ.Muiiti<:s Di; Diir, de hauuse.

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lion que les ulliês nous avaient atla(|ués. 11 restait à livrer bataille pour assurer notre salut personnel. Ainsi, quand on fixe au 18 octobre la bataille de Leipzig, on est dans l’erreur. Le 16, la grande question a été décidée. Napoléon n’étant pas parvenu à battre et à faire reculer l'ennemi, moi m’étant trouvé dans la nécessité de combattre un contre (juatre, quoique rarinée du Nord, forte de soixante mille hommes, ne fût pas entrée en ligne, et la grande armée du prince de Schwarzenberg devant recevoir, le 17, les puissants renforts queBenningsen et (’olloredo lui amenaient , il n’y avait plus rien a fair('. D’ailleurs nos moyens étaient usés, nos munitions consommées, nos corps à moitié détruits. Nous n’avions donc plus d’espérance à concevoir, et notre pensée unique devait être de nous retirer en bon ordre, de sauver nos débris et de regagner la France.

La journée du 17 se passa tranquillement. L’ennemi attendait ses renforts. Quant à nous, nous étions occupés à remettre l’ordre dans nos troupes, (’epeudant nous aurions dû, dès ce moment, commencer notre retraite, ou au moins en préparer les moyens, de manière à l’effectuer dès l’entrée de la nuit. Mais une sorte d’insouciance do la part de Napoléon, impossible à expliquer et difficile à qualifier, mettait le comble à tous nos maux. Pendant

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