‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteur (volume 4)Chapitre 77 sur 166 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

sieui-s pièces de canon et plus de cent voitures étaient éparses çà et là. Partout nous voyions des indices de confusion. 11 ne se passait pas un moment sans que des parcs entiers ne sautassent à notre approche. Je résolus de profiter d’une occasion si favorable pour faire tout le mal possible à l’ennemi, et de le poursuivre l’épée dans les reins jusqu’à Tœplilz.

Je pouvais sans crainte agir ainsi; j’étais informé que le septième corps, commandé par le général Vandamme, soutenu par toute la garde, marchait sur Tœplilz, tandis que le quatorzième corps, placé en échelons, se trouvait entre le premier corps et moi, pour nous soutenir. Vers midi, je rencontrai l ennemi sur le plateau de Zinnwald, amphithéâtre ressemblant assez à celui de Fralkenheiin. On ne peut y arriver que par des défilés fort étroits. La division du général Compans tenait la tète de la colonne. Trouvant des forces considérables au débouché, il lui fut impossible de gagner assez de terrain pour se former. Je donnai Tordre au général Lagrange de se porter avec sa division par un autre défilé à droite, beaucoup plus étroit que le premier, mais qui prenait en flanc la position de Tenneini. Le mouvement eut un plein succès. Celte division, ayant marché avec vigueur, en même temps que celle du général Compans, Tenneiiii, culbuté sur

If,* MRMOinES DU DUC DE UAUUSE.

tous les points, fut poursuivi sans relâche et jeté dans les chemins étroits et épouvantables qui conduisent de Zinnwaldà Eichwald. Nous prîmes, dans cette seule journée, plus de quatre cents voitures d’artillerie et d'équipages.

Nous poursuivîmes l’ennemi à peu de distance du village d’Eichwald, où nous trouvâmes des troupes nouvelles toutes formées. La nuit nous arrêta. L avant-garde bivaqua près du débouché d'Eichwald, le corps d’armée sur le plateau de Zinnwald, et je préparai tout pour déboucher le lendemain à la pointe du jour sur Tœplitz, où je supposais voir arriver Vandamme de son côté. Mais ce qui s’était passé chez lui avait bien changé l’état des choses. A mon retour au camp, je trouvai un officier d’état-major du maréchal Gouvion Saint Cyr qui m’apprit la catastrophe. Le corps d’armée avait été détruit et pris presque en entier par l’ennemi. Le matin même, le maréchal avait marché à son secours, mais n’avait pu arriver à temps pour le sauver.

Cet événement a eu des résultats si importants et si graves, qu’il convient d’en rechercher et d’en approfondir les causes.

Napoléon était dans l’usage de recommander avec exagération à ses généraux de marcher en avant. S’il ne doutait pas de leur courage, il est certain qu’il se méiiait de leur résolution. Avec un homme

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