‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 9 sur 178 · LIVRE XXI. — I8u-t8i · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — I8u-t8i

ceux dérivant de la naturede mes relations anciennes et en rapport avec l’admiration que j’avais éprouvée pour ses hautes qualités; mais ce chef était un homme comme moi avant qu’il fttt devenu mon supérieur, tandis que celui qui apparaissait en ce moment devant moi semblait appartenir aux temps et ù la destinée. Ces deux sentiments, qui tiennent à une sorte d’instinct, se devinent plus facilement qu'ils ne s’expriment. En outre, cette race si infortunée revenait, comme le dit si bien Bossuet « avec cet éclat, ce quelque chose de fini et d’achevé que donne une grande adversité soutenue avec dignité et courage. » Et cet éclat était encore rehaussé par le retour de la prospérité et de la puissance. Enfin^ à tous ces moyens d’action, ces princes ajoutaient, pour les deux principaux au moins, la séduction d’une politesse exquise et d’une bienveillance de tous les moments. 11 résulta de tout cet ensemble une action sur moi dont je n’ai pu me défendre et que je ne saurais oublier.

Je parlerai souvent de Louis X.VI1I et avec détail ; j’aurai l’occasion de le faire connaître et de faire son portrait. Je dirai seulement en ce moment que .sa belle figure, son air imposant, son regard d’autorité, la facilité de son élocution, répondaient aux idées les plus favorables établies d avance sur sa personne. L’attitude digne, noble et grave de ma-

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‘iü MÉMOIRES DU DUC DE RACl'SE.

dame la duchesse d’Angoulême, son grand air et sa tristesse touchaient tous les cœurs. Ses yeux rouges semblaient fatigués par les larmes, et on ne pouvait regarder cette princesse sans penser qu’elle était l’être du monde sur lequel les plus grandes infortunes s’étaient accumulées. Ces observations étaient les mêmes chez tout le monde. Combien il lui eût été facile de féconder les sentiments qu’elle inspirait alors et de se les assurer pour toujours!

Cette cour, au milieu de laquelle je me trouvai tout à coup placé, renfermait un monde entièrement nouveau pour moi. Une foule d’anciens émigrés, rentrés depuis un grand nombre d’années, se pressa autour des Bourbons. Ceux qui avaient possédé des charges autrefois en virent le rétablissement par le retour de la famille royale, et les choses se passèrent à cet égard sans discussions, sans commentaires et comme étant la conséquence d’un principe ressuscité. La maison civile du roi se reconstitua donc d’elle-même ; chacun vint y remplir ses fonctions et se mettre en quête de nouveaux moyens de fortune pour réparer le temps perdu et satisfaire un appétit que vingt ans avaient laissé en souffrance.

Je parlerai brièvement des personnes qui entouraient le roi. Que dire de tant de physionomies ef-

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