‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 100 sur 178 · LIVRE XXII. — isis-isii · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — isis-isii

son exécution, car le succès était impossible. Eu supposant d’abord un résultat favorable, il ne pouvait être qu’éphémère. La présence des étrangers, établis sur la frontière avec une armée d’observation formidable, dans le but avoué de maintenir l’ordre en France, était un obstacle insurmontable au succès des mécontents. Mais le concours de l'armée d’occupation ne fut pas nécessaire : les troupes placées à Grenoble, suffisantes pour réprimer le mouvement, dispersèrent quelques révoltés en armes. 11 y eut quelques hommes tués, d’autres arrêtés et jugés; vingt et un condamnés à mort, et dix-sept exécutés, mesure qui parut dans le temps d’une grande rigueur. Aucune révélation importante ne fut faite: on connut seulement le nom du chef, Didier, homme courageux, entreprenant, mais inconsidéré. Il échappa aux premières poursuites, se réfugia en Savoie; mais, son arrestation ayant été mise à prix, il fut livré. Il monta sur l’échafaud et mourut avec courage. Le général Donadieu avait montré de la vigilance; mais il exagéra la gravité des événements et l’importance des faits pour faire valoir davantage ses services. Ou le combla de récompenses, et il devint un grand homme dans le parti. Ayant fait son devoir, il méritait des témoignages de satisfaction; mais on outre-passa la mesure dans les faveurs dont il fut robjet, et ces fa-

veiirs devinronl la cause principale des troubles qui

eurent lieu à Lyon l’année suivante.

La tentative de Didier a certes été réelle; mais les circonstances qui l’ont amenée et son but ont toujours été enveloppés d’un mystère impénétrable.

La seule explication raisonnable à lui donner, c’est qu’elle devait être au profit de M. le duc d’Orléans. Les mécontents espéraient sans doute un succès prompt et avaient la pensée que l’opinion, se prononçant en faveur du résultat, les étrangers, les voyant accomplis, en accepteraient les conséquences; mais cette explication même ne lui ôte pas le caractère d’une entreprise insensée.

Cependant des mécontents se montraient dans diverses provinces et à Paris. Des sentiments hostiles à la dynastie étaient exprimés partout, avec publicité et indiscrétion. Cette indiscrétion même était la preuve de leur peu de danger. Les gens du plus bas étage professaient cette hostilité. Des propos recueillis dans les cabarets donnèrent l’éveil à , la police; des révélations firent connaître des associations formées, et fournirent la possibilité d’y pénétrer au moyen de cartes de reconnaissance distribuées. Bientôt MM. de la Fayette et Manuel se mirent à la tête de tous les mécontents. On eut la preuve de leur concours, et, par une faiblesse coupable, on n’entreprit pas de les poursuivre. Seule-

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