‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 102 sur 178 · LIVRE XXII. — 1815-I8Î · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — 1815-I8Î

blia que le royaume avait couru les plus iinniinents dangers. On grossit beaucoup les événements dans les comptes rendus. Des actes de rigueur multipliés servirent les vengeances particulières et les intentions criminelles de ceux qui aspiraient à voir naître des troubles. Une sorte de terreur se répandit dans tout le pays. Les ouvriers des fabriques de Lyon, et les fabricants eux-mêmes, désertèrent la ville par crainte d’être compris dans quelques machinations infâmes, et, en peu de mois, il s’opéra un tel changement dans cette ville, dont la prospérité s’évalue par le nombre des métiers en activité, qu’au lieu de dix-huit mille métiers le nomhre tomba rapidement et était réduit à sept mille au moment où je fus envoyé dans ce pays avec des pouvoirs extraordinaires.

Ainsi que je l’ai déjà dU, M. de Chabrol avait combattu jusque-là les idées du général Canuel, et blâmé les actes irréguliers dont il s’était rendu coupable. Homme légal, il était opposé à tout ce qui sentait l’arbitraire. Mais, une fois le mouvement éclaté, la peur s’étant emparée de son esprit, il ne jugea plus rien d’après lui-même et n’eut plus de direction. Non-seulement la peur des révolutionnaires le faisait trembler, mais il redoutait davantage encore le jugement des hommes de son parti. La crainte d'être accusé de manquer de zèle ou d’a-

voir une indulgence coupable, le glaçait d’effroi. C’est un sentiment de celte nature qui a donné tant d’extension aux crimes de ITD.ï.

M. de Chabrol porta aux nues le général Canuel, proclama ses services, et celui-ci, débarrassé ainsi d'un censeur importun, et libre d’agir à sa guise, se mit à son aise. L’arbitraire le plus révoltant, les mesures les jtlus coupables et les plus vexatoires envers les citoyens, furent à l’ordre du jour. Ün feignit de croire à un danger imminent. Les troupes, munies de cartouches, reçurent l’ordre de se tenir sur leui-s gardes. A force de proclamer le danger, on le lit naître, et des précautions, d’abord superflues, devinrent nécessaires, par suite de l’indignation publi(|ue et du mécontentement universel. Ces ra|)purts alarmants, sesuccédant, donnaient de vives inquiétudes au gouvernement. Les elTorts patents avaient été si peu de chose de la part desméconlenls. et les cris d’alarme si vifs de la part des autorités et des chefs du parti, qu’il parut y avoir de l’obscurité dans les causes aux yeux des hommes de bonne foi. Le roi eut la pensée d’approfondir ce mystère et de m’envoyer sur les lieux pour vérifier les faits et porter le remède que les circonstances cummandaienl.

J’étais à Cbàlillon, et un courrier extraordinaire vint, le 'iU août, m’y chercher pour m’appeler à l*a-

Page 1