‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 106 sur 178 · LIVRE XXII. — 1815-18Î1. 2ôl · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — 1815-18Î1. 2ôl

ordre de choses. Voyant ces garanties lui échapper, il les chercha en lui-rnèmc, c’est-à-dire dans les élections. Qu’augurer de l’avenir quand le libérateur, auteur du rétablissement de la paix, est, pour ainsi dire, abandonné par le gouvernement? Ne doit-on pas redouter, pour d’autres temps, l’essai de nouvelles persécutions? Le même remède se. trouvera-t-il une seconde fois? Alors que reste-t-il à faire? Nommer des députés pour être les sentinelles vigilantes de leurs concitoyens. Il en arriva ainsi. Mais bientôt les passions font dépasser les limites et tomber dans un excès contraire. De détestables élections eurent lieu, tandis qu’elles auraient été toutes dans le sens du gouvernement si on eût fait justice du général prévaricateur.

Quant à M. Decazes, quel fut, pour lui-méme, le fruit de sa politique? Le parti, acharné à sa perte, se soutint; il acquit une force proportionnée au ménagement qu’on avait pour lui, et il finit, quand l’occasion lui fut favorable, par le renverser. Si .M. Decazes eût adopté hautement tous mes actes, eût tenu mon langage, épousé mes intérêts sans inquiétude et eût fait condamner Canuel, il aurait soumis tous ses ennemis d’un seul coup et serait resté toujours au pouvoir. Soutenu par de bonnes élections et par l’opinion, il eût été invulnérable. Cette époque présente une crise où le trône aurait pu

facilement se consolider; mais, au contraire, il a commencé à être ébranlé. Dès ce moment une guerre à mort fut déclarée entre les hommes exaltés et les hommes raisonnables.

M. Decazes avait obtenu le consentement du roi pour la dissolution de la Chambre et faire faire de nouvelles élections. Il fallait nécessairement une autre assemblée d’une composition plus raisonnable, moins passionnée et plus maniable, qui pût servir de base à un meilleur système de gouvernement; mais, pour arrivera l'ordonnance qui prescrivait cette grande mesure, il fallait obtenir de la majorité du ministère une opinion conforme à la sienne. Il y avait sept ministres : MM. de Richelieu, Lainé, Decazes, Dubouchage, Corvetto, le duc de Feltre et Dambray. Les trois premiers étaient favorables à cette mesure; les quatre autres lui étaient opposés. On promit au duc de Feltre de le faire maréchal s’il voulait passer à la minorité du ministère et lui donner ainsi la majorité. Dévoré d’ambition et sans aucun titre à faire valoir pour la satisfaire, un événement extraordinaire pouvait seul lui faire obtenir cette dignité; aussi, saisissant cette occasion avec empressement, il fit le marché. L’ordonnance célèbre du 5 septembre signée, Dambray, Dubouchage et Corvetto se retirèrent du ministère, et furent remplacés par MM. Louis, l’asquier

Page 1