‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 107 sur 178 · LIVRE XXII. - Igi5-I8î · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. - Igi5-I8î

et maréchal Gouvion-Saint-€\T à la marine, d’où bientôt il passa à la guerre.

Après avoir tout mis en ordre à Lyon, je partis pour faire une tournée dans la septième division. Il u'y avait aucune trace des désordres de l’année précédente; seulement le général Donadieu était en guerre avec les autorités. On se plaignait de son ton absolu, de ses formes et de quelques actes arbitraires. Je l’engageai à modifier sa conduite; mais je ne portai aucune plainte contre lui; je le soutins même contre ses ennemis, parce qu’il avait rendu des services véritables dans des troubles réels et dont les conséquences eussent pu devenir graves, s’ils n’avaient pas été réprimés sur-le-champ. Je lis aussi une excursion dans le département de la liOire, à Saint-Étienne, ce centre si prodigieusement actif de l’industrie française, qui, par l’abondance des combustibles, leur bas prix, et l’esprit de la population, est appelé à une prospérité à peine possible à concevoir. Je revins à Lyon, où je restai jusqu’à ce que les travaux de la cour prévôtale fussent terminés. Je me méfiais des vengeances auxquelles on ne manquerait pas de se livrer après mon départ, si je laissais quelques affaires en arrière. Tout étant clos et fini, et les nouveaux pouvoirs en fonction, je revins à Paris.

Jamais mission n’avait eu un succès plus complet.

I>a paix la plus profonde avait été rétablie d’une manière tellement durable, que la tranquillité n’a plus été troublée depuis. Eh bien, les accusations les plus étranges, les moins vraisemblables, les plus absurdes furent dirigées contre moi. Ce parti qui se tient ordinairement dans l’ombre, et dont l arme habituelle est la calomnie; ce parti qui disparait toujours dans le danger, et qui, après avoir opéré les plus grandes catastrophes par son imprudence et sa lâcheté , accuse ses victimes des malheurs qu’il éprouve, ce parti se déchaîna contre moi. Un journal intitulé le Moniteur royaliste, porté à domicile furtivement, était rempli des plus grandes horreurs. Il inspira cependant du dégoût aux honnêtes gens, et sa vie ne dépassa pas son cinquième numéro.

Monsieur, chef et confident du parti, me reçut fort mal à mon retour. Je me défendis en citant les faits, et montrant que la paix régnait à la place des troubles et du chaos. 11 me 6t cette étrange réponse : « Je le crois bien ; ils ont tout ce qu’ils veulent. » Et ce qu’ils voulaient, et ce qui les avait contentés, c’était une protection égale pour tout le monde et le règne des lois. Je méprisai les clameurs, et je me réfugiai dans l’idée consolante du bien réel que j’avais fait à mon pays. Le roi m’accueillit aussi bien que je pouvais le dési-

Page 1