LIVRE XXII. — 1R15-I8Î
J’écrivis une lettre à M. de Richelieu, président du conseil des ministres; et cette lettre, imprimée, fut répandue dans tout Paris au moment même où elle lui était remise. Il en résulta un effet honorable pour moi et utile pour Fabvier, dont les assertions reçurent un grand appui; mais le gouvernement fut blessé d’une démarche qui le compromettait et le mettait ainsi à nu. On délibéra pour savoir quelle punition on m’infligerait. Gouvion-Saint-Cyr, alors ministre de la guerre, en bon camarade, proposa de me destituer de ma place de major général, et
plus l'oiivoiiablt; qiU' je iiral)stiiis.ie il'eiiticr iiioi-mèino en lici', et il fut eoiiTcnu nue des oniciers employés près de moi ,se eliargiTaieiit de eette piildiealioii. C’est à ce titre, et par suite de cette dis|>osition, que le colonel Falivier prit la |ilume. Respetueux oLsei-vatcur des désirs de Votre Majesté, j'ai eoustammeiit gardé le silence depuis, quelque grave que soit devenue la discussion.
J'aurais prsévéré ilans cette résolution si de nouvelles cii'constances n'étaient venues me forcer d’y renoncer; mais, aujounl'hui, la question a changé de nature. la? colonel Fahvier est appelé devant les tribunaux, et je suis |Kuir beaucoup dans les causes qui l’y conduisent, puisqu’il a combattu pur me défendre ; je dois ajipeler sur moi les coiqis qui sont dirigis vers lui.
«J’ose donc croire que Votre Majesté, qui est si juste appréciatrice des sentiments élevés, ne désavouera pas le parti que je prends de publier une très-courte lettre qui fixe ma place dans la question qui s'entame, i laquelle je ne saurais bonorablement rester étranger. La forme que j’ai prise d’é'crire au président du conseil m’a pani la plus digne et la [tins convenable, eu égard aux hautes fonctions que j’ai exercées, à la |ilacc l'ievée que je dois aux liontés de Votie M.ajesli', et que je rgpipl's ini-s d’elle. J’ai dù m’expliquer avec force et netteté ; mais j’ose croiiv n’avoir |)as dépassé les bornes que je devais respecter.
• Mon désir le plus ardent. Sire, est, en cette circonstance, comme il le sera dans toute ma vie, d’obtenii- l’approlKition de Votre Majesté, s vil. 17
conclul aux plus grandes rigueurs. M, de Hichelieu, se croyant personnellement insulté, demandait à chacun s’il ne devait pas sc battre avec moi. Decazes, dont l’amitié pour moi est réelle, et pénétré d'ailleurs de la pensée de la justice de la cause (|ue je défendais, tout en blâmant la forme, me soutint et démontra qu’on ne devait pas traiter ainsi un homme honorable, dans ma position; et le roi lui-même, que je n’ai jamais trouvé en défaut comme homme juste et bon, et dont, personnellement, j’ai toujours eu à me louer, fut de l’avis de l’indulgence. Il se déclara contre toute rigueur.
Le ministre de la guerre fut chargé de me faire connaître le mécontentement du roi pour la publicité donnée à ma lettre à M. de Richelieu, et de m’ordonner de m’abstenir de paraître à la cour jusqu’à nouvel ordre'. Je reçus avec respect ce témoignage de
• « Miinsii'ui le marécliül, M. le dur de Rirlielirii tous a prévenu ipie le roi avait appris avec autant de surprise (juc de inikiuitetitenicnt rintcntimi où TOUS |>araissiei être de publier la lettre que vous aviez cru devoir adresser au président du conseil des ministres.
• Sa Majesté, i|ui a clé informée de la publicité que unis avez donnée à cette lettre, me cbarge de vous faire cunnailrc, monsieur le maix-cbal, qu'elle désire que vous vous absteniez de p ii-ailre en sa présence jusqu'à nouvel onlre, et qu’eu conséquence elle vous dispense de premlie votre service, comme major généial de sa garde, à réj)oque accoutumée du 1" octobre proebain.
I Recevez, monsieur lemarécbal, etc.
Le maréchal Goivios-SiisT-Crii.
• Paris, le lijuillet 1818. »
A Son Ejrcelleiice M. le maréchal duc de Itaçuse.