‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 110 sur 178 · LIVRE XXII. — 1815-iSîi · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — 1815-iSîi

blâme, maisj’écrivis cependant au roi .l’eiissoiii de ne point aller à Paris pour ne pas mettre en évidence la disgrâce momentanée dont j’étais l’objet, et je gardai le silence. Il n’était ni dans mon caractère ni dans mes goûts de chercher à inspirer l’intérêt public en me présentant comme une victime, et je ne voulais certes pas m’appuyer sur l’opposition. Ce

' <i sire ,

« Il y a quatre ans que les malheurs ilc la Franec me dréiilèrent à me déclarer l'un des premiers pour V'utre Majesté. Cette détermination motiva contre moi les calomnies les plus atroces, et a eu sur mon existence |>ersoniielle les consé<iuences les plus graves.

a Sire, il y a trois ans’, j’ai été proscrit pour les intéi'èts de Votre Majesté, et pour elle j'ahaudonnai patrie et fortune.

«Il y a un au que vous jugeites, Sire, qu'un sei-?iteur ferme et déroué était necessaire pour remédier aux maux auxquels était en proie une grande partie de voire rovaume; tous me désignâtes, et le résultat de mes elTorts a justifié votre choix et votre confiance.

« La haine immodérée d'un parti qui n'est ni français ni royaliste, et dont les espérances criminelles étaient détruites par mes ojiérations, m'a poursuivi sans relâche. Réduit à me justifier moi-méme, réduit par un sentiment d’honneur à prendre la défense de ceux qui m’ont défendu, je suis frappé d’un témoignage de mécontentement de V'otre Majesté.

• Sire, la fatalité qui me ivoiii-suit a lUqiassc les boimes que je croyais pouvoir lui assigner, car aucune des actions qui ont eu |nur moi des ré- *ultats si fâcheux n’ont eu [wur cause que les sentiments les plus désintéressés et les intentions les plus pures.

« J’étais loin de croire avoir mérité votre disgrâce.

« Puisqu'il en est autrement, je le regrette vivement, et, en supportant mon sort avec résignation, je placerai ma consolation du malheur de vivre éloigné de Votre Majesté dans l’espoir que, quelque jour cneort*. elle me mettra h même de la servir utilement et de lui prouver, par mon dévouement, que je n'ai jamais cessé d’étre digne de ses hoiité-s.

• Lf. «iRéeiui. DUC UE Racusk. >

* En 1815, au retour de .Vapoléon.

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que j’avais fait avait été dicté uniquement par un sentiment d’honneur et de délicatesse. .l’avais, à mes yeux, rempli un devoir. Maintenant un autre devoir me commandait de me taire et d’attendre en silence le moment où je rentrerais dans les bonnes grâces du roi.

Mon service devait commencer le 1" octobre. La défense de venir au château n’étant pas levée à cette époque, je restai à la campagne; mais, le 15 octobre, le ministre de la guerre m’annonça que je pouvais venir remplir mes fonctions. La manière dont le roi me reçut doit être racontée; elle est de bon goût et me toucha. Je ne me rendis point dans le cabinet du roi, pour avoir une conversation particulière avec lui, avant de me montrer en public. Je n’avais rien à lui dire qu’il ne sût comme moi. J’attendis son entrée dans le grand cabinet du conseil, pour se rendre à la messe, afin de l’accompagner. Aussitôt qu’il me vit, il me dit ces propres paroles : « Monsieur le maréchal, j’ai dù vous exprimer mon mécontentement d’une démarche qui blessait mon autorité. Aujourd’hui j’en ai perdu le souvenir, et je désire que nos rapports soient tels qu’ils étaient il y a quelques mois. J’ai voulu vous donner cette explication franche surle-champ, afin qu’aucun embarras n’existe désormais entre nous. »

LlVflE XXII. — 181, s- 1841.

Et, dès ce raoment, il reprit avec moi ses manières affables et gracieuses, qu’il n’a jamais quittées depuis. Quelques jours après, je rencontrai au château M. de Richelieu, revenu d’Aix-la-Chapelle, où il avait négocié le départ de l’armée d’occupation. Un mot d’explication suffit pour nous réconcilier. Les travaux des Chambres recommencèrent bientôt, et j’y pris part de nouveau. J’avais été nommé secrétaire dans deux sessions, témoignage de la considération de la Chambre. Je tins à l’être une troisième fois à cause de la circonstance, et ma nomination eut lieu presque à l’unanimité.

Pondant les diverses sessions, la Chambre avait montré de la sagesse, et une majorité tout à la fois monarchique et constitutionnelle s’était trouvée toute formée à chaque question. Nous nous étions réunis en secret un petit nombre d’individus, partageant alors les mêmes opinions, et nous fîmes l’épreuve du pouvoir que l’on peut exercer quand plusieurs individus s’entendent et agissent avec un accord secret. Nous étions sept et nous dînions fréquemment les uns chez les autres, et sans qu’aucun étranger y fût admis. Nous discutions les projets soumis à la Chambre et décidions dans quel sens nous devions voter. Nous arrêtions aussi la composition des commissions. Une fois nos opinions fixées, nous les proposions chacun à nos amis, et

une majorité sc trouvait ainsi formée sans qu’elle se doutât du mécanisme qui l’avait créée. Ces sept individus étaient : MM. Fastoret, Garnier, Mole, Oastellanc, Dessole, duc de Choiseul, et moi. Notre puissance a duré deux ans. Notre succès a été complet tant que cette organisation a été inconnue. M. de Castellane l’ayant divulguée, elle perdit tout son pouvoir.

Je repris mes travaux d’agriculture et d’industrie; mais mes fonds s’épuisaient. Un abus de confiance, une friponnerie me fit perdre cent mille francs, ce qui ajouta à mes embarras. Le roi vint à mon secoui's et me prêta deux cent mille francs. J’avais dû compter sur la promesse de l’empereur d’Autriche pour la restitution de mes domaines. J’attendais cette ressource avec impatience, et cependant elle n’arrivait pas. J’eus la pensée d’aller solliciter moi-même à Vienne, et de presser par ma présence la conclusion d’une affaire si importante pour moi; entreprise hardie de me mettre ainsi en évidence pour une chose dont le résultat, il est vrai, paraissait certain, mais qui pouvait être fort éloigné, vu la marche lente de tout ce qui se fait à Vienne. J’aurais éprouvé beaucoup de crainte si alors j’eusse connu, comme je l’ai fait depuis, les mœurs de l’administration de ce pays; mais je me décidai, et, muni d’une lettre du roi pour l’em-

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