‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 111 sur 178 · LIVRE XXII. — 18I5-I8Ü · texte numérisé non relu

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pereur, des lettres de MM. de Richelieu et Dccazes pour le prince de Metteruich, je me mis en route. J’arrivai dans les premiers jours de septembre. J’avais calculé ma marche pour arriver à l’époque où le prince de Metternich serait de retour de ses terres de Bohême. Je fus accueilli avec amitié par lui et avec cette grâce qu’il possède au plus haut degré. Il devint, en celte circonstance, une seconde providence pour moi.

L’empereur m’accueillit avec une bonté remarquable, me parla encore des souvenirs laissés par moi en lllyrie et du bien que j’y avais opéré, enfin du plaisir qu’il aurait à tenir ses promesses, et j’attendis avec confiance. Je cherchai à être agréable, et je fis tous mes efforts pour plaire à la bonne compagnie de Vienne Je fus comblé partout et particulièrement parla famille du prince Esterhazy, qui me reçut à Eisensladt, et me fit connaitre de quoi se compose l’existence d’un grand seigneur hongrois. Tout en m’amusant beaucoup, mes affaires se terminaient. Chose incroyable! en vingt-sept joui-s, les décisions de l’empereur furent prises et exécutées. Je me trouvai en possession du titre d’une rente de cinquante mille francs sur le trésor, en remplacement des domaines d’un pareil revenu, et l’arriéré de six ans me fut payé. Je me mis en route immédiatement pour retourner à Paris, où

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j’arrivai triomphant et où je repris mon service.

Le souvenir du mois que je passai alors à Vienne ne s’effacera jamais de ma mémoire. Jamais je n’éprouvai plus de satisfaction que ne m’en occasionnèrent les succès obtenus, et aussi le charme de la société dans laquelle je vécus.

Le mois de septembre 1819 s’écoula ainsi dans l’intimité du prince de Metternich. Son salon, le soir, était fréquenté par quelques hommes d’une amabilité très-remarquable, et qui payaient bien leur écot dans la conversation; le prince de Ruffo, ambassadeur de Naples; les comtes de Sladion et de Lebzellern, ministres autrichiens, Schoulembourg, ministre de Saxe. J’y pris mon rôle, et cherchai à le bien remplir. Le prince de Metternich, dont la mémoire était encore remplie des temps de l’Empire et de Napoléon, ne pouvait tarir sur son compte. Nous racontAmes, chacun à notre tour, des choses concernant cet homme extraordinaire. Les soirées étaient si intéressantes, le temps s’écoulait si rapidement, que la princesse Laure, première femme du prince dé Metternich, femme maladive et accoutumée à se retirer de bonne heure, s’est souvent laissé entraîner, par le charme de la conversation, à veiller jusqu’à deux ou trois heures avec nous.

l.e prince de Metternich revenait à cette époque

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de Carlsbad. Là, il avait réuni les ministres de toutes les puissances de l’Allemagne, pour y concerter les mesures à prendre pour préserver ce grand pays des révolutions qui le menaçaient. On était alors autorisé à redouter des troubles; mais, grâce à ces mesures, tout se calma, et les dangers disparurent comme les craintes qu’ils avaient inspirées. Depuis il a eu beaucoup à se louer de sa prévoyance à cette époque. 11 m’entretint souvent de ce qu’il avait fait, de ce qu’il ferait si des troubles survenaient, et me disait : « La position est bien prise, et nous devons gagner la bataille. » La position était si bonne, qu’il n’y a pas eu de bataille à livrer. C’est ainsi que doivent agir toujours les gouvernements. Après avoir prévu les obstacles, s’ils se placent bien, tout leur est facile. Dans le cas contraire, peu de chose les ébranle, et quelquefois les renverse.

Je retournai à Paris, où mes succès à Vienne retentirent. Madame la duchesse d’Angoulême, qui avait habité cette ville et connaissait la marche du gouvernement et des alfaires, me félicita beaucoup d’avoir pu les faire sortir de la routine ordinaire.

Malgré des inquiétudes universellement répandues, l'hiver s’était écoulé avec assez de gaieté, quand arriva l'horrible attentat du 15 février. L’as-

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sassinal du duc de Berry conslerna la France. On a écrit partout la relation de la belle mort de ce prince, qui montra tant de courage, de force d’âme et de générosité. On a beaucoup discuté la question de savoir si ce crime fut l’elTet d’un complot : je suis pour la négative. Ce crime abominable fut isolé, et l’infâme Louvel n’avait pas de complices. Il y avait une agitation universelle, une multitude de projets coupables déjà formés; mais Louvel était un Hmatique atrabilaire, excité par le mécontentement général, et son caractère fut exalté par la méditation et une disposition mélancolique profonde. Cet événement donnant une grande puissance aux ennemis de M. Decazes, il quitta les affaires, et M. de Richelieu y rentra, sur les vives instances et bîs prières de toute la famille royale.

Los royalistes accusaient M. Decazes d’être complice de la mort du duc de Berry, calomnie dont l’absurdité égale l'infamie. Monsieur^ madame la 4luchesse d’Angoulême et madame la duchesse de Berry, réunirent leurs efforts, et cette ligue ne négligea aucune démarche pour éveiller les- passions. Aussi, une majorité, à la Chambre des députés, composée d’une réunion momentanée de la droite et de la gauche, se prononçant contre M. Decazes, le roi l’abandonna. Ce sacrifice lui fut extrêmement pénible, car sa confiance en lui égalait l’affection qu’il

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lui portail. Jamais, dans ses lettres, il ne l’appelait autrement que mon fils. Pendant longtemps il ne prononça pas son nèm sans répandre des larmes; et, comme il fallait toujours que ses sentiments s’exprimassent avec une sorte de manière et d’apprèt, il consigna sa douleur en donnant, le jour du départ de M. Decazes de Paris, deux mots d’ordre qui rappelaient son nom de baptême et le lieu où il devait coucher, Élie et Cliaiires.

Plus tard, madame du Cayla s’étant emparée de toutes ses pensées, les jours fixes de la semaine où il la voyait, le nom de Zoé ou celui de Victoire, et chacun d’eux à leur tour, étaient donnés pour mol d’ordre du château.

Au moment où M. le duc de Berry fut frappé, il recommanda à sa femme de se conserver pour le dépôt qu’elle portait dans son sein. Bientôt sa grossesse fut constatée et déclarée. Cet événement irrita la fureur de ces conspirateurs de cabaret, de ces factieux du ruisseau, qui ne cessaient de s’agiter. On conçut l’horrible pensée d’effrayer madame la duchesse de Berry, pour lui faire faire ainsi une fausse couche, et un pétard fut tiré sous l’un des passages qui communiquent de la place du Carrousel dans la rue de Rivoli. Le coupable, arrêté en flagrant délit, fut jugé et condamné à je ne sais quelle peine. Ce malheureux, bossu, être abject, donna,

au moment où il fut arrêté, les signes de peur les plus honteux et les moins équivoques.

Peu après, et quand j’étais de service, un autre pétard, mis dans le château, fit explosion dans une petite antichambre voisine d’un escalier dérobé qui aboutit d’un côté à la galerie de pierre et de l’autre près du cabinet du roi. Mais celui-ci, après avoir mis tout le château en émoi, fut reconnu pour œuvre royaliste, dans le but d’effrayer le roi et de le décider à multiplier ses mesures de rigueur. Cette circonstance, bien constatée, ayant fait grand tort à ses auteurs, il n’en fut plus parlé; mais bientôt des projets d’une extrême gravité furent au moment d’être exécutés. Une conspiration véritable éclata. Découverte à temps, des mesures convenables en empêchèrent le succès. Cet événement remua toutes les passions et amena les coupables devant la Chambre des paire.

C 08 SPinAT 10 N DU 19 AOUT 18 ' 20 .

Le Ib août, deux sous-officiers du ‘2* régiment d’infanterie de la garde se rendirent chez moi et demandèrent à me parler. Ces deux sous-officiers se nommaient Petit et Vidal. Ils me firent connaître qu’un grand complot existait contre la personne du roi et contre 1a sûreté de l’État. Des manœuvres

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