LIVRE XXII
criminelles étaient employées dans les troupes de la garnison et dans la garde pour se procurer des complices. On s’était adressé à eux pour les séduire. Je me rendis immédiatement chez M. de Richelieu pour l’informer de cette révélation, premier avis que le gouvernement recevait des projets hostiles formés contre lui. Ni la police civile ni la police militaire n’avaient aucun soupçon, et cependant on était sur le bord d’un abîme, à la veille d’y tomber. Ces sous-officiers, gens de cœur et de devoir, furent encouragés. Je leur ordonnai de paraître accepter les propositions qui leur étaient faites et de m’en donner successivement avis, de me faire connaître la nature des projets et les dispositions préparées pour leur exécution. Ils remplirent fidèlement ce devoir et me mirent à même de prévenir l’explosion d’un complot qui, bien que tramé avec une légèreté et une confiance particulière aux Français, était cependant de nature, par son étendue et son importance, à compromettre gravement l’ordre public.
La conspiration avait dû éclater d’abord le 10. Ensuite on choisit le 19, afin d’avoir le temps nécessaire pour compléter les préparatifs; mais, à l'instant de l'exécution, l’arrestation de quelquesuns des principaux coupables et la fuite des autres mirent fin à l’entreprise et donnèrent naissance à
lin procès criminel qui offrit au public un scandale sans exemple. Le premier corps politique de l’État se refusait à l’évidence des faits. Des hommes honorables et influents, par l’appui qu’ils donnèrent aux conspirateurs, se rendirent en quelque sorte leurs complices et devinrent les défenseurs des ennemis de la société, au lieu d’en être les juges équitables, mais sévères.
Les renseignements d’alors, l’instruction du procès et les révélations faites depuis mirent fort au jour ces événements. Un mécontentement assez général existait dans diverses classes et surtout dans l'armée. Les choix plus que médiocres des colonels commandant les régiments en étaient en partie la cause. On connaît l’influence d’un bon chef sur l’esprit de son corps, sur sa conduite, sur sa discipline. De vieux émigrés, qui n’avaient été militaires que de nom, ou des jeunes gens sans antécédents militaires, avaient été portés à la tête des corps. Ils étaient peu faits pour inspirer de la confiance aux ofiîciers et aux soldats. Souvent même ils prêtaient à rire par leurs manières, leur ignorance ou leur tenue. Sans autorité véritable sur leurs subordonnés, il s’établit dans beaucoup de ces corps un pouvoir de fait en faveur d’un officier considéré et expérimenté qui l’emportait de beaucoup sur l’autorité du colonel, et quelquefois même