‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 113 sur 178 · LIVRE XXII. — 18I5-18Î · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — 18I5-18Î

cet officier, seuieraenl connu du corps, n’en faisait pas partie.

L’organisation, faite par province, favorisait singulièreraent cet état de choses. Un officier général ou supérieur marquant était naturellement connu des ofliciers de son pays, soit pour avoir servi avec lui, soit comme compatriote. Cette influence ne paraissait pas dans la vie journalière. Tout semblait être dans un ordre régulier, aux yeux de colonels crédules et inexpérimentés, quand chaque matin ils recevaient les rapports et donnaient les ordres de service; mais on voit ce qui devait arriver à la moindre secousse politique et au moment où des intérêts et des passions opposés aux devoirs viendraient à parler. Quatre régiments de ligne, les légions de la Meurthe, du Nord, du Bas-Rhin et des Côtes-du-Nord, fortnant la garnison de Paris, étaient tous les quatre commandés par des hommes d’une incapacité sans mesure.

Divers ofliciers de l’ancienne armée, surtoùt de la garde impériale, habitaient Paris et s’étaient associés dans une spéculation dite le Bazar français. Cet établissement formait un point de réunion naturel et une occasion de se voir habituellement. La politique, les regrets, les intérêts et les passions y prirent bientôt leur place.

Les ennemis de l’ordre de choses, dans une classe

m MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

plus élevée, voulurent profiter de cette disposition des esprits. A leur tête était M. de la Fayette, dont les sentiments haineux contre la dynastie prenaient chaque jour une nouvelle force. Divers individus, animés par des sentiments républicains, se réunirent à lui, et un comité s’organisa. Parmi les républicains étaient MM. d’Argenson, Dupont (de l’Eure), Manuel, Corcelles, Kœchlin, Tarrayre, Mérilhou, Fabvier, et un assez grand nombre de jeunes gens ardents et exaltés. Des bonapartistes y furent affiliés, mais n’entrèreht ni dans le secret ni dans la direction supérieure des opérations. Parmi ces derniers, on comptait les généraux Merlin, Pajol, Bacbelu. On les tint à peu près au courant de ce qui se projetait, parce qu’on avait besoin de gens d’exécution et de réputation pour le moment d’opérer; mais, comme ce mouvement était essentiellement républicain, on ne voulait ni se mettre dans leurs mains ni leur donner une importance trop grande. Au surplus, les chefs de la famille Bonaparte se mirent peu en avant dans toutes ces circonstances, et il n’y eut aucune relation directe avec eux ni avec le prince Eugène de la part des conspirateurs.

Ou s’occupa à travailler l’esprit des troupes et à s’y créer des intelligences. Le colonel Fabvier, chargé de ce soin important, y était éminemment propre pour diverses raisons. Les fonctions qu’il avait exer-

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