LIVRE XXII. — I8i5-i«ii. 2 î
La séduction s’étendit aussi dans les provinces. A Cambrai, où la première légion de la Seine était en garnison, les capitaines Varlot et Lamottc furent acquis à la conspiration. Le capitaine Parquin, dans le régiment des chasseurs du Cantal, et Carron, officier en retraite, et résidant en Alsace, se mirent en devoir de sonder les dispositions des troupes et de faire des amis et des partisans à l’entreprise qui se projetait. Enfin yn réseau, assez faible il est vrai, mais fort vaste, s’étendait dans le Nord et l’Est, et les conspirateurs comptaient pour le succès sur l’état de l’opiuion et les nombreu.v mécontents qui viendraient sans doute se joindre à eux après la levée de boucliers et à l’apparition du drapeau tricolore.
Des sommes d’argent plus ou moins considérables étaient données ou offertes. Le moment de l’exécution approchant, il fallait nécessairement un , chef marquant et actif qui se déclarât. Iæs ouvertures faites aux généraux Bachelu, Pajol, Merlin ne furent pas accueillies avec empressement, les moyens leur paraissant d’autant moins suffisants, qu’on ne tes avait pas mis dans le secret complet de l’association. Ils se déclaraient hommes du lendemain, promettant leur concours après l’explosion, mais non auparavant. D’autres généraux semblaient, par leurs propos hostiles, devoir se rallier
MÉMOIRES Ül’ üi;C DE RAOÜSE.
à la révohilion qui se préparait. Leure noms étaient souvent prononcés, et, parmi eux, on distinguait celui du général Maison. La place de gouverneur de la première division militaire, quoiqu’il n’eùl plus de lettres de service, lui donnait quelque importance. On parlait aussi delà même manière du général Defrance, commandant de la première division, et ses absences fréquentes h la campagne semblaient autoriser les bruits répandus sur son compte.
Les conspirateurs n’avaient aucun projet convenu et arrêté autre que celui de détruire l’ordre de choses existant : s’emparer des Tuileries et de 1» famille royale, proclamer un gouvernement provi-. soire, voilà quel devait être le résultat de la première entreprise. Plus lard on verrait à quel système de gouvernement il conviendrait de se fixer. C’est dans ces dispositions, et avec ces moyens, que l’on arriva au 19 août. La révolte devait avoir lieu dans la nuit du 19 au 20, la légion delà Meurthese porlersurVincennes, s’en rendre maîtresse par surprise et au moyen des intelligences qui y étaient tramées. La légion des Côtes-du-Nord, avec les autres corps, devait prendre les armes, marcher rapidement sur les Tuileries, et s’en emparer pendant que beaucoup de jeunes gens' des écoles, répandus par troupes de dix ou douze dans diverses maisons.
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