‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 117 sur 178 · LIVRE XXII. — 1815-18ÎI · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — 1815-18ÎI

cher de recueillir de nouvelles preuves et de faire de nouvelles découvertes. Dès ce moment il n’y avait plus rien à faire, pour les conspira teure, qu’à s’occuper à se garantir de la vengeance des lois. Ils furent singulièrement favorisés par l’esp'rit d’alors. La Chambre des pairs, ce tribunal auguste, intéressé à la punition d’une entreprise aussi criminelle, manqua complètement à ses devoirs et au but de son institution, et, ainsi que je l’ai déjà dit, on vit des hommes marquants, d'un caractère honorable, se rendre les défenseurs des accusés. On minait ainsi le trône jusque dans ses fondements. On semblait vouloir absoudre d’avance ceux qui parviendraient à le renverser.

Enfin on en vint jusqu’à établir et soutenir que Nantil était un agent provocateur et toute cette conspiration prétendue une intrigue de la police, tandis que Nantil était brûlant de haine et d’activité contre la dynastie. Il fut de bon ton de tourner en ridicule un légitime effroi et de blâmer la punition des coupables. Cependant, en raison de l’évidence, on ne put s’empêcher de condamner à quelques peines un certain nombre d’individus. Mais les grands coupables échappèrent. M. de la Fayette, le drapeau de la conspiration, et M. d’Argenson, son complice, qui avait prodigué l’argent, ne furent pas mis en jugement, tandis que Fabvier, qui en était

l’épée, fui acquillé. Le général Defrance, dont la conduite avait été fort équivoque, fut remplacé par le général Coutard. Le général Maison, devenu chef d’opposition, perdit son gouvernement, qui me fut donné, et les deux sous-officiers Petit et Vidal, qui avaient rendu un si grand service, furent faits officiers.

Telle est en résumé l’iiisloire de cette conspiration du 19 août 1<S‘20, où la dynastie a couru quelques dangers. Ce qu’il y eut de plus effrayant pour elle fut de voir le peu d’ardeur à la défendre, et de remarquer un grand nombre de ses ennemis au milieu de ceux qui, par leur intérêt propre, n’auraient jam.iis dù séparer leur cause de la sienne.

Les conspirateurs reprirent l’exécution de leur premier projet, mais sur une base plus large. Alors commença l’organisation des sociétés secrètes et du carbonarisme, qui, depuis, a joué un rôle si important.

Madame la duchesse de Berry approchait du terme de sa grossesse, et les esprits étaient en suspens. Si elle fût accouchée d’une fille, la maison d'Orléans n’avait plus de motif pour pousser à une révolution. La couronne lui revenait par la force des choses. D’un autre côté, si les fautes de la famille royale avaient amené à désirer un changement, peut-être aurait-il été- accéléré par la pensée

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