‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 118 sur 178 · LIVRE XXII. — 1815-I8Ï · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — 1815-I8Ï

de chacun de hûter un événement certain, définitif, et l’arrivée au trône d’une branche de la maison royale, destinée à régner, dont les opinions, étant plus sympathiques avec celles de la nation, promettaient un gouvernement plus conforme à ses vœux. 11 est certain aussi que, la branche aînée étant menacée de s’éteindre prochainement, et se trouvant ainsi sans avenir, elle eût gouverné au jour le Jour et n’aurait pas rêvé de coup d’Élat. M. le duc d’Orléans, qui n’aurait plus été un motif d’épouvante, aurait pu alors exercer une- utile influence. 11 est difficile de décider ce qui serait arrivé; mais probablement il y aurait eu, d’un côté, plus de sagesse, et, de l’autre, moins d’ambition.

La Providence semblait alors vouloir fonder la stabilité ; mais les effets, jusqu’à présent, ont été opposés à ce résultat. Toutefois, le 29 septembre, après l'accouchement de madame la duchesse de Berry, une joie universelle se répandit partout. La famille royale fut au comble de la satisfaction, et la France entière y prit part. Tous ceux qui n’avaient pas des désirs de changement devaient être contents, car la naissance du duc de Bordeaux paraissait un gage de repos. Le premier besoin des peuples est protection et repos. Bien n’est plus contraire à CCS biens que les changements qui portent sur l’occupation du trône. La jouissance du bien

‘■m MÉMOIRES DU DUC DE RACUSE.

présent doit être garantie par l’avenir afin d’être complète, carie mal prévu gâte, dénature et détruit souvent le bien-être actuel.

On regardait la naissance de M. le duc de Bordeaux comme destinée à préserver de nouveaux orages et à protéger la génération nouvelle. En général , son apparition au monde fut considérée comme un grand bienfait et une garantie de paix intérieure. J’ignore ce que les temps lui réservent, mais il semble aujourd’hui que sa destinée est bien différente. Des individus marquants portèrent un jugement opposé, et on assure que le duc de Wellington, entendant 1e canon qui annonçait la naissance d'un prince, s’écria : « Voilà le glas de la légitimité! »

Madame la duchesse de Berry, dont le courage sublime et la présence d’esprit peu commune s’étaient montrés d’une manière si éclatante lors de l'événement funeste qui la rendit veuve, ne démentit pas, en cette circonstance, sa réputation. On avait pris les précautions d’usage pour constater la naissance de l’enfant qu’elle portait. On les avait, pour ainsi dire, redoublées par le choix des individus appelés à être témoins. Si on eût choisi seulement pour remplir ces fonctions de vieux seigneurs de la cour attachés aux Bourbons, on aurait pu suspecter leurs témoignages: mais l’un d’eux fut le

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