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maréchal Suchet, duc d’Albufera, qui, par son origine et son alliance avec les Bonaparte, ne pouvait être suspect. Établi d’avance aux Tuileries, il devait être placé dans la chambre de madame la duchesse de Berry au moment où naîtrait le royal enfant.
L’accouchement de madame la dtichesse de Berry fut extraordinaire par sa promptitude. Son fils vint au monde en quelques minutes. Suchet et les autres témoins furent appelés immédiatement; mais le temps nécessaire pour se mettre en mesure de paraître convenablement, à trois heures du malin, les empêcha d’arriver aussi promptement qu’on le désirait. Madame la duchesse de Berry y suppléa d’abord en faisant entrer dans sa chambre le poste de gardes nationaux de service au pavillon Marsan. Ainsi des individus de la bourgeoisie ou du peuple, pris au hasard, furent les premiers appelés à témoigner de la vérité de l’accouchement et du sexe de l’enfant. Mais, comme elle sentait l’importance de ne rien négliger pour éviter les plus légères objections, fondées sur un changement dans les formes, elle demanda à l’accoucheur si le retard de sa délivrance compromettait la vie de son fils. Celui-ci ayant répondu que les dangers étaient pour elle seule, elle s’opposa à ce que le cordon fût coupé avant l’arrivée des témoins officiels : acte de cou-
rage, de présence d’espril, qui mérite radmiralion universelle. Des femmelettes de Paris ont critiqué cette conduite par des motifs -de pudeur. Objection misérable! Devant les intérêts d’une dynastie et du repos d’une nation, de pareilles considérations doivent disparaître, et madame la duchesse de Berry s’éleva au niveau des circonstances. Elle fut sublime. En général, elle a beaucoup d’âme, beaucoup de force morale; elle a un grand instinct de gouvernement. Si la fortune l’avait placée dans des circonstances possibles, il est probable qu’elle aurait réussi dans ses entreprises, qu’elle serait parvenue à se faire un grand nom ; et ses succès alors eussent été assurés si elle avait eu auprès d’elle des gens capables.
Le roi, voulant signaler par des grâces la naissance d’un neveu qui continuait sa dynastie, fit la première promotion dans l’ordre du Saint-Esprit. J’y fus compris le quinzième. On autorisa, par exception, tous les chevaliers qui furent nommés à en porter immédiatement les marques distinctives. Le baptême eut lieu au printemps, avec une grande magnificence, et on le célébra par les réjouissances d’usage. La garde me parut aussi devoir fêter ce grand événement. En cette cirçonslance, ce n’était pas simplement la naissance d’un prince qu'il s’agissait de solenniser, mais la continuation d’une
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brandie de la maison royale prête à s’éteindre, le rejeton posthume du seul membre de cette brandie dont on avait pu espérer des héritiers. 11 était de bon goût à la garde, comblée de bienfaits par le roi, de célébrer cet immense bonheur de la famille royale avec éclat et splendeur. Étant de service, je mis en avant cette opinion. Elle prit difficilement parmi les généraux et les officiers. Une indigne parcimonie y mettait obstacle. Je passai par-dessus ces considérations, et j’ordonnai la fête à leurs dépens. Mais j’avais- calculé que la somme ne dépasserait pas leurs facultés. Le roi me promit de pay«r la moitié de la dépense en sa qualité de colonel général de la garde.
La maison du roi se réunit à nous, et un jour de solde suffit pour pourvoir à tout. La salle de l’Odéon fut choisie. Quatre mille personnes s’y réunirent. Un spectacle de circonstance d’abord, une admirable cantate ensuite: Dieu l'a donné! et un magnifique bal, suivi d’un beau souper servi avec abondance, composèrent cette fête qui réussit à souhait.
J’avais tout disposé pour y ajouter une chose tout à fait nouvelle. Mais je ne sais quelle misérable intrigue survint et l’empêcha, sous prétexte de danger. Des troupes placées sur les deux quais de la rive droite et de la rive gauche, depuis le pont des • Arts jusqu’au pont Neuf, devaient tirer des cartou-
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ches à étoile et former ainsi un immense berceau de feu sur la rivière, tandis que la statue de Henri IV, d abord dans l’obscurité, serait illuminée subitement au passage de la famille royale. Cette partie de la fête fut contremandée. On éclaira seulement la statue, et un transparent fit lire des vers que j’avais fait composer, o\i le grand roi parlait à son descendant et lui donnait des préceptes de conduite. Le roi, ayant une attaque de goutte, ne put quitter les Tuileries.
A cette époque je commençai à m’occuper de l’établissement de mes forges; superbe entreprise, qui aujourd’hui fait la richesse du pays, après avoir causé ma ruine.
La manière de fabriquer des Anglais commen- A^it à être connue. I.es avantages qui en résultent m’ayant frappé, je résolus d’en faire jouir ma province. Dos Anglais fabricants de machines, établis à Gharenton, me pei-suadèrent qu’au moyen d'avances assez faibles je pouvais l’entreprendre, tandisque des bénéfices prompts et considérables m’en couvriraient promptement. La fabrication avec les cylindres et les fours à puddier emploie du charbon de terre. Un ingénieur anglais, nommé Holkroff, homme de beaucoup de talent, mais léger dans ses assertions, prétendit que le bois pouvait ■être employé à cet usage avec succès, en ayant fait '