‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 120 sur 178 · LIVRE XXII. — I8i5-I8i · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — I8i5-I8i

lui-nième l’expérience dans l’Amérique scplenlrioiiale. Je me décidai à me livrera celle enlreprise, après m’êlre assuré cependanl qu’au pis aller il y avait possibilité de fabriquer encore avec bénéfice, si j’élais dans la nécessité d’employer le charbon de terre.

Le magnifique cours d’eau existant dans mon parc fut disposé en conséquence. De grandes difficultés étaient à vaincre. Elles furent surmontées, et j’obtins une chute de quinze pieds. Une roue en fer de vingt pieds de diamètre et d’un poids de quarante milliers, de la force de cent chevaux, fut établie comme moteur unique. Un grand étang factice donna à la forge une réserve d’eau, destinée à assurer un travail régulier dans les temps de sécheresse. Enfin une machine à vapeur de trente-six chevaux ' ajoutée comme supplément, et des cylindres propresà la fabrication des fers de tous les échantillons étant réunis, cet établissement, le plus grand qui existe en France, fut mis en activité en moins d’une année, et on put y fabriquer soixante mille livres de fer par vingt-quatre heures. D’anciennes petites forges furent supprimées et remplacées par de hauts fourneaux. J’en possédais un déjà, j'en achetai encore deux autres, en sorte que j’eus tous les moyens nécessaires pour alimenter la grande forge de ma fabrication.

Malgré Ions mes soins et tons mes calculs, mille obstacles devaient contrarier le succès de cette grande entreprise. Les fei-s étant d’abord de mauvaise qualité, mes concurrents n’eurent point de peine à les discréditer. Quarante ouvriers anglais, appelés à grands frais, me coûtèrent des sommes énormes. Les maîtres des forges du pays se réunirent pour me faire payer à un prix exorbitant les bois vendus annuellement par l’État et dontl’emploi était nécessaire pour alimenter mes fourneaux.

Dans cette industrie nouvelle, il fallait faire l’éducation de tout le monde, à commencer par la mienne propre. Mes agents firent souvent des fautes qui tombèrent à ma charge. Je m’étais consacré au métier le plus pénible. Je passais dixhuit heures sur vingt-quatre à remplir les fonctions de commis de forge, et cependant des devoirs politiques, des devoirs de cour, me forçaient quelquefois à aller à Paris. D’un autre côté, le prix élevé des fers baissa et aggrava ma position. Iji fabrication avec du bois démontrée mauvaise, sinon impossible, avec la qualité et l’espèce des bois dont je pouvais disposer et leur prix, il fallut recourir à l’emploi du charbon déterré. Alors le canal de Bourgogne, qui sert aujourd’hui à le faire arriver, n’étant pas terminé, il revenait à un prix fort élevé.

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