‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 125 sur 178 · LIVRE XXII. - 1815-I8Ï · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. - 1815-I8Ï

pays et recommençaient, sans avoir un noble sentiment à présenter pour excuse ni un motif louable à faire valoir, la conduite des émigrés, trouvée autrefois par eux si criminelle. Fabvier, plus qu’un autre, était coupable; car il ne cessait jamais et à tout propos de professer sa haine contre les étrangers et la doctrine qu’il est criminel de combattre son pays. Il agissait en opposition avec ses principes au moment môme où ses passions et ses intérêts l’y invitaient. Pauvre humanité!

Une armée de cent mille hommes, commandée par le duc d’Angoulême, fut organisée. Le duc de Bellune, alors ministre de la guerre, très-brave homme, bon et excellent soldat, du caractère le plus honorable, mais mauvais administrateur, donna des ordres assez confus, nullement' appropriés aux besoins. Leur mauvaise exécution en fit ressortir particulièrement l’insuffisance. Les idées les plus bizarres se présentaient aux ministres cl aux généraux. A les entendre, il semblait, en vérité, que la France n’eût jamais eu d’armée, et que personne ne connût l’art d’administrer.

On parlait d’emporter des munitions de guerre à raison de huit cents cartouches par homme, tandis que le plus grand approvisionnement ne s’élève pas ordinairement au delà de cent, dont les deux tiers sont transportés par des attelages réguliers. On

- voulait transporter avec soi des fourrages pour la cavalerie, et que sais-je? on montrait une ignorance incroyable, et. pn faisait des projets et des raisonnements qui tenaient de la stupidité. Je dis au duc de Bellune et au général Bordesoulle qui m’en parlèrent : « Si l’on parvient à faire transporter à la suite de l’armée soixante cartouches par homme et du pain pour huit jours, on doit remercier le ciel, et je doute, ajoutai-je, que vos moyens puissent arriver jusque-là. »

Des approvisionnements se formaient; mais, au lieu d’avoir de la farine, on eut du blé, et les moyens de mouture des environs de Bayonne n’étaient pas en rapport avec les consommations. On plaça des magasins de fourrages sur un point, et on avait soin de diriger la cavalerie sur un autre. On omit de passer de bonne heure des marchés pour les transports, et de s’assurer ainsi des voitures et des mulets de la frontière. Enfin, au lieu de réunir l’armée d’abord sur les bords de la Garonne, dans des cantonnements larges, pour organiser les divisions et les en faire partir pour passer à jour fixe la frontière, on les accumula à Bayonne, où il y eut encombrement.

Les mesures de l’administration avaient été mal prises ; elles avaient été surtout incomplètes. Cela parut au grand jour, mais ces torts furent singuliè-

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