‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 126 sur 178 · LIVRE XXII. — 18IS-I8S · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — 18IS-I8S

renient augmentés par les généraux placés près de M. le duc d’Angoulênie et particulièrement le général Guilleminot, son major général, et le général Bordesoulle, investi de sa confiance. Ces généraux, qui auraient dû se considérer comme les sauvegardes de l’honneurde l’ancienne armée et prouver aux Bourbons, de toutes les manières, la confiance que méritaient ses chefs, spéculèrent sur l’ignorance de M. le duc d’Angoulême. On exagéra les besoins, et en même tempson présenta, pour sortir d'embarras, un spéculateur attentif, un homme habile, qui ne manque Jamais aux grandes circonstances, et dont la prévoyance et l esprit ne sont jamais en défaut. Ouvra rd s’était emparé de tous les moyens de transport du pays, par des marchés passés d’avance, chose que l’administration militaire aurait pu faire comme lui, et il vint les offrir. C’était un secours pour l’expédition, mais non pas une nécessité.

Une armée en offensive ne peut vivre avec des magasins et des transports à sa suite que pendant peu de jours. Arrivée à quatre marches de distance, des réquisitions dans le pays traversé peuvent seules la faire subsister. On établit le contraire et l'on fit des marchés d’urgence avec Ouvrard. On le mit en possession de tous les magasins formés par le ministère, dont la valeur dépassait douze millions,

MÉMOinES DU DUC DE IIAGISE.

el donl l’emploi ne pouvait être fait au profit de l’armée qui entrait en campagne et allait s’en éloigner immédiatement.

L’opinion publique en Espagne était favorable à l’expédition. Aussi, au moment où les troupes pa- furent, des vivres furent apportés de toutes parts. Ouvrard les fit d’abord payer comptant à un prix élevé. L’abondance fit baisser les prix et bientôt on ne paya plus qu’avec des bons. Cette opération, si simple en elle-même, aurait pu être faite par l’administration, car le trésor de l’armée regorgeait d’argent. En attachant à chaque division un agent de' la trésorerie, en payant chaque jour les bons délivrés la veille, l’armée était assurée de ne manquer de rien, et le pays était content et satisfait.

Je le répète, la moindre réflexion démontre qu’une armée stationnée, ou en retraite, peut seule vivre par des magasins. Dans l’offensive, des ressources locales doivent satisfaire à ses besoins. Dans un pays ennemi, ces réquisitions sont faites comme impôt; en pays ami à titre d’avances. Dans la circonstance et ayant de l’argent, il fallait payer directement, et non au moyen d’un intermédiaire qui payait à vil prix ou ne payait pas, tandis que luimême était payé à des prix exorbitants. Mais les entourages de M. le duc d’Angoulême n’y auraient pas trouvé leur compte. A la solde d’Ouvrard, et

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