‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 127 sur 178 · LIVRE XXII. — 1815-18Î1. 2tt · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — 1815-18Î1. 2tt

payés par lui pour fasciner les yeux de leur chef, ils ne négligèrent rien pour remplir cette tâche facile. Le prince fut donc trompé et dupe. On ne doit pas s'en étonner ni trop l’en blâmer; mais on peut lui reprocher d’avoir pris fait et cause pour les fripons qui l’entouraient avec une obstination incroyable, quand, la voix publique les ayant accusés, le roi nomma une commission pour faire une enquête. Cette commission, composée des hommes les plus honorables et les plus capables de la Chambre des pairs, amena un résultat concluant. Les torts d'une administration prodigue et corrompue furent démontrés, et le duc d’Angoulême ne pardonna jamais au maréchal Macdonald, président de la commission, d’avoir fait connaître la vérité. '

Les généraux Guilleminot et Bordesoulle furent poursuivis par l’opinion. On leur conseilla de demander à la Chambre des pairs d’être mis en jugement. Ils hésitèrent longtemps, craignant d’être pris au mot. Enfin, cette démarche ajant été faite, tout fut bientôt assoupi.

M. le duc d’Angoulême acquit de la popularité pendant cette campagne et montra un caractère qui l’honora. Le général Guilleminot ayant été choisi pour être son major général, le parti ultraroyaliste murmura. On voulut effrayer le prince par les opinions supposées à ce général, qu’on cs-

saya même de compromettre. On fit partir par la diligence une malle remplie de cocardes tricolores, à l’adresse d’un de ses aides de camp. Cet envoi, qui fut dénoncé en même temps, et sans doute par ceux qui l’avaient fait, fut arrêté à la barrière. Grand éclat, grand scandale, grands cris; courîrier expédié par le duc de Bellune pour faire arrêter cet officier; proposition de remplacer le général Guilleminot,et voyage du duc de Bellune à Bayonne dans l'intention d’êlre son successeur. M. le duc d’Angoulême vil le piège, et, il faut en convenir, le piège était grossier. Il dit que, puisque, quinze jours auparavant, on avait cru le général Guilleminot capable et digne de sa confiance, il devait en être de même encore en ce moment, et il avança l’officier contre lequel on avait dirigé cette misérable intrigue. Cette conduite sage et ferme éleva dans l’opinion M. le duc d’Angoulême et fit penser qu’on pouvait s’attacher à lui.

L’armée une fois en mouvement, ce prince se plaça au milieu des troupes, marcha à la tête des colonnes et se fil garder par les troupes de ligne, de préférence aux gardes du corps et à la garde royale. Enfin il fil à propos et noblement tout ce qui convenait pour se populariser.

On connaît cette campagne. Nulle part l’armée ne trouva la moindre résistance. On célébra beau-

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