‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 128 sur 178 · LIVRE XXII. — I8i5-igî · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — I8i5-igî

coup le premier coup de canon, tiré à la frontière contre un petit nombre de Français rassemblés autour du drapeau tricolore. L’on parla avec trop d éloges d’une fidélité qui ne pouvait être mise en doute, en pareille circonstance. On eut l’air de mettre en parallèle cetle dispersion de quelques centaines de pauvres diables sur un territoire étranger avec les événements de 1815 et la rencontre de Napoléon après son débarquement à Cannes, quand il se présentait lui-même à des troupes qui étaient peu de temps auparavant sous son autorité et qui étaient pleines de ses souvenirs. Le général Valin, commandant l’avant-garde, acquit en cette occasion une sorte de gloire. Les troupes constitutionnelles se retirèrent partout .sans combattre. L’opération, au reste, fut bien conduite. On prit possession de Madrid. Maître de la capitale, M. le duc d’.Vngoulême organisa un gouvernement provisoire, une sorte de régence, qui, à peine établie, le contraria et rendit ses opérations difficiles. Il eût été sage de se déclarer lui-même régent, jusqu’au moment de la liberté du roi. Sa qualité de Bourbon lui donnait des droits particuliers à cette dignité. Il aurait ainsi évité des chocs scandaleu.x entre les troupes et ceux qu’elles avaient délivrés. Le parti persécuteur et avide qui faisait arrêter sous le plus frivole prétexte, et souvent dans le

but unique d’avoir une rançon, n’aurait pas eu <l’appui. >

I>es Cortès se réfugièrent à Cadix. On les y poursuivit. Les généraux fiordesoulle et Bourmont furent chargés du commandement des troupes dirigées sur ce point. A leur arrivée il était facile de s’emparer du fort du Trocadero, dont la possession donne le moyen d’approcher assez près de Cadix pour bombarder la ville; mais les Espagnols, revenus de leur première surprise, y mirent des troupes et l’armèrent. M. le duc d’Angoulême arriva avec des renforts, et on disposa tout pour attaquer ce poste, d’abord avec du canon et ensuite pour l’enlever de vive force. Cette entreprise réussit. Les troupes montrèrent de la valeur et entrèrent dans l’eau jusqu’aux épaules, sous le feu de l’ennemi. Quelque mauvaises que fussent les troupes espagnoles, l’entreprise était hardie, et le succès honore les soldats qui l’exécutèrent.

Une circonstance particulière marqua ce fait d’armes. Le prince de Carignan, déclaré héritier du trône de Sardaigne, le même qui, en 1821, avait été entraîné dans un mouvement politique coupable par des intrigues révolutionnaires, s’était décidé, pour expier ses torts, à venir en personne combattre la révolution d’Espagne. Il servait dans l’armée française comme volontaire. Il se plaça,

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